Chine, Yue Minjun: mental et borderline

#China

Yue Minjun compte parmi les peintres chinois en tête du palmarès des artistes les mieux cotés de l’art contemporain international.

 

Sobre, surréaliste et cru, il incarne l’image de l’insurrection par excellence, représentant notoire d’une vague d’inspiration issue de la Pop culture occidentale et d’une mécanique géopolitique sclérosée.

 

Yue Minjun

Yue Minjun est né en 1962 dans la province de Heilongjiang en Chine (DR)

 

Ironique & désabusé

 

L’estimation du travail de Yue Minjun atteint des chiffres records  en Chine (2007)

 

Focus sur l’oeuvre de l’artiste chinois, Yue Minjun, en quête d’un exorcisme de son hystérie mentale via des représentations hilares et figées. Une fixation symbolique, un brin obsessionnelle, de l’angoisse et des symptômes physiques, environnementaux ou psychiques, découlant de la réforme politique et des changements rapides survenus dans la société chinoise, depuis 1989. Reconnu sur le marché de l’art contemporain depuis sa performance à la 48e Biennale de Venise (1999), le peintre surréaliste Yue Minjun fait son entrée pour la première fois en Europe par le biais d’une rétrospective à la Fondation Cartier (2012).

L’intensité visuelle et émotionnelle de l’expression, la tension des grimaces de Yue Minjun dans le temps, révèle généralement une uniformité inquiétante et mystérieuse des traits. Un coup de pinceau dynamique mais surtout atypique.

 

Yue Minjun, Smile ism exhibition.

Yue Minjun, Smile ism exhibition (DR)

 

Le fil conducteur du personnage hilare est né en réponse aux changements rapides que la Chine expérimente depuis 1989. En 2012, la Fondation Cartier pour l’art contemporain accueillait pour la première fois en Europe, L’Ombre du Fou Rire, une grande exposition de Yue Minjun composée de quarante peintures et d’un nombre conséquent d’illustrations. Autant d’indices et de clés destinées à comprendre la singularité, la subtilité du message de l’artiste, immergé dans un univers situé quelque part à la fine frontière entre folie, psychédélisme, et performance dynamite.

 

La vie ? Une tragédie comique…

 

En 2007, Execution, peinture à l’huile insurgée avec « humour » contre les massacres et la terreur de la réforme, en 1989, a été l’œuvre la plus chère vendue de l’histoire de l’art contemporain chinois soit 5,9 millions de dollars. Depuis, le record a été battu par Cai Guo-Qiang ou encore Zeng Fanzhi« C’est pour cela que le fait de sourire, de rire pour cacher son impuissance a [une grande] importance pour ma génération. » Citation extraite de «Yue Minjun Biographie», in Yue Minjun, Éd. Hanart TZ Gallery / Galerie 75 Faubourg (2006).

 

 

Un catalogue a été publié en vue de crystalliser l’évènement. L’ouvrage regroupe une centaine de toiles du peintre. Les photographies sont complétées par un dialogue entre Yue Minjun, le philosophe François Jullien, et le poète chinois Ouyang Jianghe.

 

Détruire les codes pour se (re)construire 

 

Parmi les messages contemporains du peintre adressés à son gouvernement, la suggestion d’un ralentissement du rythme de progression de la société chinoise afin que les individus puissent se caler, une fois pour toute, sur un pas collectif plus calme, plus harmonieux. Un apprentissage de la vie sur une base plus stable, d’après Yue Minjun. La vitesse, la compétition, synonymes de déséquilibre, engendrent un sentiment d' »abandon » et d' »isolement » chez l’individu, mauvais présage pour l’évolution d’une société dans son ensemble, insiste-t-il. Yue Minjun n’a jamais caché sa fascination pour l’insurrection symbolique transpirant du travail de Geng Jianyi, un artiste fondamentaliste anti-autorité basant son oeuvre sur la recherche. Né en 1962 de parents militants socialistes, adhérents du mouvement Chinese People’s Liberation Army, Geng Jianyi a grandit dans un pays à la puissance étatique d’une rigidité extrême, entre la fin des années 1960 et le début des années 70. Ainsi, Geng Jianyi  et Yue Minjun traduisent une expérience des désillusions engendrées par l’échec et la froideur du modèle communiste. En France, Yue Minjun est représenté par Galerie Daniel Templon, à Paris.

 

Marion Calviera 

© PAM 2014

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« Ce catalogue monographique propose une réflexion particulièrement intéressante en ce qui concerne la question de la représentation du rire sous toutes ses formes. Véritable outil iconographique de l’artiste chinois Yue Minjun, le rire est porté au nue dans le texte du philosophe François Jullien qui en développe la portée esthétique et sociétale. Le poète Ouyang Jiangue, quant à lui, en extrapole une vision aussi bien lyrique que parfois cynique. »

 

Yue Minjun : l’ombre du fou rire

 

Paris : Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2012, 252p. ill. en noir et en coul. 30 x 24cm, fre/eng

Bibliogr. Biogr. Expo.

ISBN : 9782869250994. _ 37,00 €

Textes de François Jullien, Ouyang Jianghe, Shen Zhong, Yue Minjun

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