Beauté-Chimio: Julie Meunier, la tête dans les nouages

Focus sur Julie Meunier, une jeune Hyéroise installée à Nice, une âme vaillante et douce dotée d’un grand cœur. Atteinte d’un cancer du sein à l’âge de 27 ans, la jeune femme a décidé d’affronter la chimio en créant une marque originale, Les Franjynes, alternative à la perruque, mi-frange, mi-turban. Une série d’accessoires de beauté, tous destinés à illuminer le regard des femmes et des fillettes malades, que la créatrice souhaite maintenant commercialiser sur le net. Rencontre émouvante par Mathilde Dandeu.

 

Cancer versus féminité: «Après le brun, le châtain et le roux, place au blond! Ma couleur fétiche». Julie Meunier est une jeune créatrice, altruiste, dévouée à sa passion, fondatrice de la marque de turbans Les Franjynes. Photo © Feminity and JY

 

Visage rayonnant, âme sensible et forte, sourire aux lèvres, le style de fille qu’on voit dans les blogs. Appartement à son image, sorti tout droit d’un catalogue déco. Une atmosphère où l’on se sent bien. Julie parle énormément, pas de blanc, on boit ses paroles enjouées; elle sait mettre ses interlocuteurs en confiance. Pourtant la vie n’a pas toujours était tendre avec cette belle personne. L’année dernière, on lui a diagnostiqué un cancer du sein. «J’allais avoir 28 ans, au départ ce qui m’a beaucoup dérangé c’est que j’allais perdre mes cheveux», confie-elle. Au début du traitement, avant la chute de cheveux, la jeune femme s’amusait déjà à essayer toutes les coupes. «J’avais les cheveux très longs avant qu’ils ne tombent. Mais j’ai tenté des coupes que je n’aurais jamais osé porter avant la maladie». Quand Julie se retrouve à «nu», elle décide de s’acheter une perruque. Un achat inutile qui ne lui convient pas. «J’avais l’impression que les cheveux brillaient trop, c’était hyper visible. J’ai donc loué des turbans et je me suis mise à les nouer». Cette dernière part donc en quête de boutiques singulières pour chiner matières nobles, étoles et tissus. Petit à petit, Julie développe ses propres nouages, elle en invente sept, «un pour chaque jour de la semaine».

 

«La maladie ne gagne pas contre le plaisir que procure la féminité»

Julie ne s’arrête pas seulement à l’invention de ses nouages. «Contrariée de ne plus avoir de cheveux, j’ai donc créé aussi des franges que l’on met sous le ruban». Un effet trompe œil permettant aux jeunes patientes d’avoir du style. Hyperactive, la jeune femme a besoin de se sentir vivante malgré une maladie à haut risque de mortalité. Elle veut aller plus loin. «J’avais du temps étant donné que j’étais, pour la première fois, en arrêt maladie. J’ai créé un atelier comme départ du projet, la tête dans les nouages, à la ligue contre le cancer des alpes maritimes, mon partenaire. De plus, la marque Américain Vintage m’a offert 250 turbans».

Des femmes malades comme Julie s’y rendent pour prendre un peu de bon temps et se sentir à nouveau féminines. L’objectif étant pour ces patientes fragilisées de prendre conscience que la maladie ne gagne pas contre le plaisir que procure la féminité. «Je leur ai montré les accessoires que je mettais et les fausses franges, elles ont trouvé ça trop cool. Par contre elles se demandaient comment ça tenait, étant donné qu’elles n’avaient pas de cheveux. Elles avaient peur que ça tombe. Alors, j’ai développé un système pour que les franges tiennent sur les crânes». Au constat de l’enthousiasme des femmes face aux franges et turbans, Julie a eu le déclic et décide de créer sa propre marque Les Franjynes. «Ce système n’existait pas donc je l’ai breveté, j’ai appelé tout ça Les Franjynes. À mon sens, le turban doit s’accompagner d’une frange.»

 

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«Les franjynes évoluent et je vais pouvoir inclure de nouvelles couleurs et de nouvelles coupes. Peut-être qu’un jour, je me mettrais à créer des chapeaux». Photo © Feminity and JY

 

Le seul hic rencontré par Julie concernant la création de son entreprise réside au niveau du crédit bancaire. Problème de garantie. Ainsi, les établissements financiers ne prêtent pas aux cancéreux. Battante, elle ne se laisse pourtant pas atteindre par l’obstacle. Julie fait appel à ULULE. Un site de financement participatif qui lui a permis d’atteindre son objectif, regrouper la somme de 31000€, pour que Les Franjynes et Les Franjynettes puissent enfin voir le jour. Fonceuse dans tout ce qu’elle entreprend, Julie veut que sa marque devienne un gage d’espoir et de qualité, grâce au projet sécurisé par les meilleurs partenariats: fabrication dans l’une des plus grandes usines du Portugal, collaboration avec des designers, des stylistes, création de collections, nouveaux modèles de franges… un jour viendra le temps des chapeaux.

 

« J’étais bien dans ma peau »

Invention fun, coût moindre et tête différente au quotidien. «Ma mère m’appelait John Doe car je n’avais jamais la même frange, je changeais tous les jours, en fonction de mon humeur: blonde, rousse (…). Je vais même en confectionner des blanches, des grises, pour les personnes plus âgées (…)» Méthode énergique et colorée pour rendre la chute de cheveux moins difficile. «Depuis l’enfance, grâce aux rêves vendus par Walt Disney, on admire des princesses avec les cheveux longs; nous avons sous les yeux le modèle d’une féminité ultime, la femme précieuse aux cheveux longs. Mais ce n’est pas la réalité. Tu peux être belle avec des cheveux courts et belle chauve. Il suffit juste de s’approprier sa personnalité (…)».

Pour Julie, Les Franjynes sont importantes car elles permettent la naissance de sa propre identité. Les symptômes de la maladie, les traitements, leurs effets secondaires, entraînent une modification de la physiologie et donnent l’image d’individus aux traits et expressions uniformes, peu importe l’âge ou le sexe.

 

«Ce n’est pas évident d’affronter son image, la personne que tu vois dans le miroir… Avant la maladie, je n’imaginais pas me retrouver un jour dans cette situation de transformation physique. Tu ne te reconnais pas, tu te dis qui est cette personne? Qui suis-je? Je ne connais pas  cette image. Donc le fait de s’approprier quelque chose, un style, cela permet de retrouver une identité. Quand j’étais malade et que je sortais de ma salle de bain, je me disais c’est bon, je suis de retour à la maison, tout va bien. Je me retrouvais au milieu de mon maquillage et de mes fausses franges; mon petit nœud. Je (re)nouais une relation avec un style qui me plaisait et j’étais finalement bien dans ma peau (…)»

 

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«Le turban? Une alternative à la perruque (…). Je me suis dit que si ça m’arrivait ce n’était pas pour rien, c’est pour quelque chose; je me suis sentie investie d’une mission (…)». Photo © Feminity and JY

 

Durant une telle épreuve, les sentiments de bien-être et de paix deviennent des cofacteurs indispensables, gardiens du moral, de la force et de la confiance, autant d’atouts qui permettent ainsi de mieux affronter les traitements essentiels à la guérison. En observant, en écoutant Julie parler, cette battante donne l’impression que la maladie ne l’a jamais vraiment atteinte, qu’elle a su rebondir rapidement en concentrant son énergie pour donner naissance aux Franjynes. Même si cette dernière avoue une traversée de passages «difficiles».

 

« Je me suis sentie investie d’une mission »

«Quand j’ai appris que j’étais malade j’ai eu très peur, forcément tu te poses plein de questions, tu demandes si tu vas mourir car tu as un cancer et que  c’est une maladie mortelle. J’ai eu bien deux semaines où je me suis un peu enfermée, j’ai beaucoup pleuré, je me demandais pourquoi moi». Ce qui fait rebondir Julie deux mois après la mauvaise nouvelle, c’est la prise de conscience du temps, une liberté salvatrice consacrée à faire quelque chose pour rendre la vie des patientes meilleure. Du temps pour essayer de redonner le sourire à toutes ces femmes et ces fillettes, écrasées sous le poids de la douleur et de l’angoisse.

«Je me suis dit que si ça m’arrivait ce n’était pas pour rien, c’est pour quelque chose; je me suis sentie investie d’une mission. Quand j’avais de super bons retours sur mes nouages et sur mon style, je me suis dit que j’allais partager; que cette épreuve pouvait servir et peut être qu’elle était là, ma mission, à travers la maladie. J’ai voulu faire comprendre aux gens: ok c’est dur et c’est moche mais on peut en faire quelque chose de plus sympa. Et pour moi, créer ma marque a soulevé une impulsion thérapeutique. Aider les autres, c’est tellement génial, tu reçois tellement d’amour, tu fais des rencontres magnifiques (…)». En guise de conclusion, Julie a souhaité apporter sa touche personnelle en dévoilant son adage porte-bonheur: «No hair, more fun!»

 

 

Propos recueillis par Mathilde Dandeu

© PAM 2016

 

franjynettes

«Pour les petits bouts touchés par le cancer.. 👧 Ce sont de petites franges de 4 couleurs différentes adaptés à la perte des cheveux que l’on va associer à de jolis turbans, bonnets, ou chapeaux. Mais pour pouvoir développer tous les accessoires des Franjynettes, j’ai encore un peu besoin de vous…» Julie Meunier

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