Street art: Mero, «décloisonner nos créations»

L’interview par Mathilde Dandeu

 

Idendité ? Rémy Rajaona. Pseudo: Mero — sa signature d’artiste-peintre. Âge: 30 ans. Signes particuliers: esprit libre, autodidacte, fan de Basquiat. Focus.

 

« (…) Ma démarche de peintre m’a amené à explorer ce terrain de jeu qu’est la rue. » (Mero). Photo © Cindy Spanu Rajaona

 

Rémy Rajaona apprend seul, librement, à manier le pinceau avec talent. Une peinture sur toile à la griffe immédiatement reconnaissable, inspirée du Street art — l’art urbain. Aujourd’hui, l’artiste entremêle différents supports et diverses sources d’inspiration en explorant tous les recoins de la création, de la toile à la rue.

 

« Lorsque un artiste quitte la rue, on ne peut plus réellement qualifier son travail de street art. » (Mero)

 

PAM: Des projets un peu partout en France (Toulouse, Carcassonne, Bordeaux) et à l’étranger (Espagne), comment s’organise-t-on pour gérer tous ces déplacements, en complément de la réflexion donc du temps que nécessite la création urbaine?

Mero: Le plus compliqué c’est de bien s’organiser en amont, surtout lorsque les délais sont très serrés. Une bonne organisation est nécessaire, un peu de discipline, et beaucoup de choses à poser sur le papier pour ne rien oublier. Disons que je fais beaucoup de listes! (Rire)

PAM: Le voyage, ça vous parle?

Mero: Plus que de l’inspiration, cela me donne la possibilité de peindre en divers lieux, de rencontrer de nouveaux artistes, de nouvelles œuvres, en galeries ou dans la rue.  Je découvre des formes différentes de l’Art;  cela me motive et donne un souffle nouveau à mon travail, ma créativité se réactive à chaque fois.

PAM: Un voyage, un souvenir de rue ou un regard, par exemple, a-t-il particulièrement inspiré votre travail? Mero, fan de…?

Mero: Mon dernier voyage, à New York m’a réellement boosté. Notamment nos ballades dans certains quartiers où le street art symbolise plus qu’un art, c’est une réelle culture. New York est le berceau du graffiti mais également la ville de l’artiste, Jean-Michel Basquiat qui m’a toujours inspiré — et qui m’inspire encore tous les jours —, même si la technique et la direction artistique que je prends actuellement se sont fortement éloignées de sa peinture. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de ville plus inspirante et motivante que NYC pour moi.

 

« Je commence un tableau et je le finis. » (Jean-Michel Basquiat, 1960–1988)
Parmi les artistes contemporains renommés pour leur œuvre; né d’une mère portoricaine et d’un père haïtien, en 1960, Basquiat démontre dès son plus jeune âge un intérêt très prononcé pour l’art, en débutant avec le graffiti. En 2013,l’une de ses œuvres a été vendue, à Londres, 29 millions de dollars; une autre a atteint près de 49 millions, à New York.

 

Mero: Basquiat que j’ai découvert par hasard, au détour d’une page d’un livre d’histoire de l’art contemporain. C’est l’artiste qui a grandement influencé mes premiers travaux. Face à son œuvre « sans titre (prophète I) » (1981), et les encouragements  de Cindy, ma compagne, j’ai eu envie de me confronter à la matière picturale et mes premières inspirations sont apparues. Ironie du sort, Basquiat était l’un des précurseurs du mouvement graffiti. Investissant l’espace urbain, il a par la suite développé son art sur la toile, pour aboutir à des expositions en galeries.  Alors que moi,  c’est l’inverse, j’ai produit mes premières peintures en résonance avec l’une de ses toiles; puis j’en suis finalement arrivé à gagner la rue avec ma peinture.

PAM: Pourquoi le côté rue ?

Mero: De mon point de vue, le street art, le fait d’investir  l’espace public par son art, est une façon différente, hors des sentiers battus, de s’exprimer que ce soit par la peinture, la sculpture… J’y trouve une autre façon d’explorer et d’exposer mon art, de me confronter à un nouvel univers, à ses contraintes, pour  jouer avec des supports différents. Je continue malgré tout mon travail sur toile, un autre style de peinture.

PAM: Street art, peinture sur toile, quelle différence entre les deux supports ?

Mero: Précision: lorsque un artiste quitte la rue, on ne peut plus réellement qualifier son travail de street art. Les œuvres que je réalise sur toile sont issues du courant du street art par les techniques employées, ou l’esthétisme auquel elles renvoient. La grande différence pour moi, entre ces deux supports, intervient de façon très concrète lors de mes réalisations. La toile peut être adaptée à ta façon de peindre, en la bougeant, en l’orientant… je pose régulièrement  ma toile au sol pour peintre, par exemple.

 

Projet Street art  à Madrid © Mero

 

Mero: Ensuite, quand on peint sur toile, c’est souvent une production, une réalisation plus intime, plus personnelle qui se confectionne « en privé », dans son atelier, pour la faire découvrir au public. Tandis que pour un mur (en extérieur), tu t’adaptes à lui avec les contraintes que cela comporte.  Mais tu as une liberté d’expression qui ne se conditionne pas à la structure d’un cadre. C’est une peinture qui se veut plus communicative par son accessibilité, et une interaction directe avec le public.

PAM: Dans vos toiles ont retrouve les visages familiers des superhéros (comics), des personnages de séries américaines ou encore des icônes Disney, une signification particulière?

Mero: Pas de réelle signification, ça dépend surtout des inspirations du moment. Je peins des choses qui me correspondent, qui me ressemblent et/ou m’interpellent. Ce sont des sujets qui interviennent dans mon environnement réel, médiatique ou fictif,  qui restent en correspondance avec mon imaginaire, ma personnalité. L’univers des comics et de la BD est quelque chose qui me passionne.

Les thèmes choisis vont aussi changer en fonction de l’évolution de ma peinture. Je cherche toujours à améliorer ce que je fais et à me perfectionner. C’est pourquoi en ce moment, dans le but d’approfondir ma précision, j’ai fait le choix de travailler davantage sur des portraits. Le regard m’interpelle, celui de certaines personnes va m’inspirer ou me marquer plus que d’autres; c’est ce qui va déterminer ma décision de peindre telle ou telle personne.

PAM: À quoi pensez-vous lorsque vous peignez? Quelle est votre impulsion primordiale? 

Mero: La première chose que je fais c’est mettre mes écouteurs. Je m’installe dans ma bulle au son d’une musique qui me motive, pour me focaliser uniquement sur ce que je vais peindre et, très vite, me vient en tête le résultat final que je veux donner à l’œuvre.

 

« L’art est subjectif, on ne peut pas plaire à tout le monde (…) » (Mero)

 

PAM: Que cherchez-vous à faire transpirer à travers vos peintures?

Mero: J’essaie de peindre des tableaux, des fresques qui me correspondent, qui me ressemblent. L’art est subjectif, on ne peut pas plaire à tout le monde, il est ainsi difficile d’imposer une sensation précise à autrui ainsi qu’une émotion commune, traduire identique à tout un chacun. À compter de l’instant où une personne s’interroge, se questionne — tant qu’elle ne montre pas d’indifférence à ce que je propose — c’est déjà une satisfaction pour moi. Si au travers de ma peinture, j’arrive à toucher le public, c’est d’autant mieux.

PAM: D’après-vous, qu’est-ce qui vous différencie des autres artistes urbains?

Mero: On peut dire que mon parcours me différencie probablement de certains autres artistes. J’ai d’abord commencé par peindre sur toile puis, au fur et à mesure des projets, de mon cheminement, j’ai été amené à peindre sur les murs. J’ai peut-être une approche différente des autres artistes qui ont une culture plus « street/rue », si l’on peut dire (…). C’est pourquoi, je n’utilise pas vraiment le terme street artist pour me définir; puisque ce n’est pas ma volonté de m’exprimer dans la rue qui m’a amené à l’art, mais bien ma démarche d’artiste-peintre qui m’a amené à explorer ce terrain de jeu qu’est la rue. En revanche, au même titre que les street artists, je pense évoluer dans un courant esthétique proche de la culture pop/hip-hop.

 

« Les sujets interviennent dans mon environnement réel, médiatique ou fictif; ils restent en correspondance avec mon imaginaire (…) »

 

PAM: Projet coup de cœur?

Mero: Plusieurs projets me viennent en tête, ce n’est pas facile… Mais je dirais que mon projet coup de cœur, en 2016, serait peut-être ma première intervention pour un événement street art à Madrid. Être invité, dans un pays qui n’est pas le nôtre, pour faire ce que l’on aime, partir en voyage avec sa compagne qui joue le rôle d’assistante et me donne un sacré coup de main, il n’y a rien de plus fun! Une superbe expérience malgré un temps déplorable, avec des conditions pas toujours faciles, mais ça fait partie du jeu!

PAM: Que peut-on vous souhaiter pour 2017?

Mero: La concrétisation et le développement de plusieurs projets! Notamment une collaboration à la croisée de nos arts respectifs avec un ami DJ Carcassonnais, «Janoz». Notre projet «Dans ma cité» a émergé dans l’imaginaire de Janoz. Il s’est concrétisé par notre volonté commune de décloisonner nos créations artistiques pour proposer un concept hybride, mixant son et peinture. Accompagnés par d’autres artistes et/ou professionnels (vidéaste, infographiste, galeriste). Nous élaborons ensemble les axes et la direction artistique que nous allons suivre. Nous bâtissons, brique par brique, ce concept artistique qui devrait être proposé au public dans le courant de l’année.

 

 «Dans ma cité»
Projet de DJ JANOZ et MERO, artistes originaires de Carcassonne, réunis autour de la création d’un album unique: 9 morceaux, format vinyle, série limitée, soit 200 exemplaires. Crédits video © Youtube/Cercle Rouge

 

Mero: Dans un premier temps un album sonore et visuel sera proposé, suivi de performances live. Une expo collective street art a été organisée, à Paris, les 3 et 4 février. « Where the streets have no name », composée de plusieurs artistes Français mais également Australiens. Des expos sur Toulouse, personnelles ou bien en collaboration avec d’autres artistes Toulousains. La participation à une nouvelle vente aux enchères street art dans une salle des ventes parisienne. En espérant la concrétisation d’un nouveau projet à l’étranger, et encore beaucoup de murs à peindre!

Propos recueillis par Mathilde Dandeu
L’interview © PAM 2017
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