Stéphane Davi: «L’art? la résonance du peuple»

Le réalisateur parisien, photoreporter de rue, portraitiste et graphiste, Stéphane Davi, parrain People Act Magazine, saison 2016-2017. Dialogue avec «une planète» aussi à l’aise dans ses baskets qu’intense dans son image. Par Marion Calviera

 

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«J’arrondis les angles (…)» – Photo: Autoportrait © Stéphane Davi

 

Kery James, 113, Niro, Rosario Dawson, Barrington Levy, Snoop Dogg, Craig David, Napoleon Da Legend ou Fat Joe, du trailer d’animation au clip vidéo, en passant par la photographie et la publicité, les artistes du Hip Hop français mais également US, n’hésitent pas à confier leur image à Stéphane Davi. «On ne sait ce que l’on supporte qu’une fois face à l’extrême», écrit son mentor, Kery James. Visionnaire à la peau dure, traduire homme que rien n’effraie, focus sur une force mentale de la nature, au swagg difficilement contestable.

 

 

«Je parle à qui je suis et qui je suis me parle», se présente-t-il, directement. La violence intérieure est souvent constituée d’une souffrance extrême qui suinte par tous les pores, subtilement entretenue par des évènements extérieurs nauséabonds. Pour certaines âmes, la route est parfois longue, le chemin emprunté sinueux. D’après Einstein, si Dieu est parfois subtil, il n’est en aucun cas cruel, notamment pour ce trentenaire au destin inclassable, graffé en demi-teinte. Du crépuscule à l’aube, «lorsque vous traversez l’enfer, continuez d’avancer», suggérait Winston Churchill. Très tôt, son instinct de survie lui indique de suivre cette précieuse consigne. Le talent, l’intuition, le ressenti: il n’y a pas d’âge pour pressentir une vocation. Il faut de l’expérience pour avancer dans la vie, certes; ici, l’aboutissement, le succès, comporte sa dose de conscience, un ADN différent. D’une maturité détonante depuis l’enfance, le réalisateur s’accroche à son flair pour surfer sur les bons et les mauvais coups du beat. Son rêve de long-métrage se trouve probablement au bout du couloir, juste derrière cette porte, qu’il ne tardera pas à franchir. Ses maitres? Alfred Hitchcock et Orson Welles. Dessein complexe, ombrageux, «teinté de brume», sa philosophie de la galère: «nous naissons déformés, il nous appartient de nous reformer». Artiste, conquérant, diamant brut, homme de goût adepte du discours sobre mais sans détour, créateur de formes habité, pour cet humaniste engagé, «le parcours ne s’arrête jamais (…)». Son secret? Envisager un arc-en-ciel où d’autres ne voient que l’orage.

 

 2016 Super Crip, Snoop Dogg, Doggystyle Records/eOne © ®Copyright&Distribution – Réalisation: ©Stéphane Davi

 

L’orage, le courage, rien d’impossible

 

Déscolarisé, autodidacte, il commence à réaliser des films d’animations 2D/3D et apprend la photographie dans les rues de Paris. Sans arme scolaire, sans argent, quelques années plus tard, il réussi à intégrer l’école Epitech, puis George Méliès, afin de se spécialiser dans le domaine des nouvelles images. Moteur!

 

Cœur à vif, sensibilité à fleur de peau, «tout part du vide, d’un manque (…)», confie l’artiste à la griffe visuelle immédiatement reconnaissable, fort d’une expérience hors norme, porté par ses convictions intimes. Malgré une déscolarisation temporaire durant sa jeunesse — né du côté de la banlieue, à Orly, séparé un temps de sa mère, à l’âge de 9 ans —, rêveur lucide, généreux, la vie n’attribuait pourtant pas le bon jeu de cartes à la naissance de ce «fou» des nouvelles images, travailleur simultanément appliqué et acharné: «C’est difficile d’évoquer la valeur de mon parcours ou de mon travail parce que ma vie me donne l’impression d’être à bord d’une voiture de course et de rouler à 250 km/h, en fait. Je pilote ce véhicule depuis des années. Tant que je n’en sors pas pour prendre une pause et constater l’état de ma bagnole, je suis incapable de me rendre compte de la distance parcourue (…).».

 

Le regard ? Un livre ouvert sur l’âme

 

«Je suis un passionné de la vie donc de l’art». Initialement sans bagage scolaire, Stéphane Davi saisit l’opportunité d’explorer de nombreux domaines: «un peu plus âgé, j’ai eu la chance de bénéficier d’une formation universitaire supérieure plus adaptée à ma personnalité. C’était difficile, au début, de reprendre mes études sans brevet des collèges ni bac. Au-delà de ma formation, j’ai eu la chance de voyager en premier lieu avec mes parents. J’ai appris à travers l’autre. On me demande souvent: «T’as lu quoi comme livre?» Je réponds: l’autre. À mon sens, un visage traduit le vécu d’une personne (…)». Pour Stéphane Davi, il s’agit de «poser les images et les mots sur la souffrance».

 

« Des mots » feat. LFDV, extrait de l’album « Dernier MC »  – Réalisation © Stéphane Davi – Sortie: 10 mai 2013

 

«La vie ne s’apprend pas dans des livres, la meilleure école de la vie, c’est la rue.»

 

Un témoignage sans détour, au sujet de sa déscolarisation. «La rue, ce n’est pas la banlieue. La banlieue, à mon avis, c’est différent. Je pense que le vrai ghetto commence lorsqu’un réfrigérateur reste vide (…); lorsque tu commences par ne plus avoir de toit pour te protéger ni personne autour pour t’aider. Ça, c’est la rue, tu vois? (…)». Les obstacles n’effraient pas ses ambitions, Stéphane Davi exprime sa gratitude à l’égard des épreuves — y compris les plus rudes —, affrontées sur sa route. Le regard altruiste se développe au fil de ses expériences: «Quand on prend conscience de ce que l’on génère, on arrête de se stigmatiser, de se saboter, en cristallisant ses problèmes. On arrête d’être une victime (…). Mais peut être que c’est vraiment ça, la mission d’un super héros, encaisser cette souffrance et la changer en quelque chose de meilleur, de plus juste…?».

 

Se regarder en face

«Mouhammad Alix? il y a un bout de ma vie dans ce clip bien plus que dans les autres!» #fireinmystomach

 

Mouhammad Alix, nouveau clip de Kery James, 2ème extrait issu de son prochain album disponible à la rentrée 2016 – Réalisation © Stéphane Davi – Produit par Suther Kane Films. Sortie: 12 mars 2016

 

Le choix

 

«À titre personnel, j’ai été brisé par le système plusieurs fois. Avec un peu d’attention, on remarque que mes photos relatent l’histoire d’un parcours qui n’a pas été évident». Une voie semée d’embuches pour laquelle le réalisateur sera immédiatement armé d’une richesse intouchable, l’amour d’un père et d’une mère, malgré quelques turbulences familiales. Enfance instable, perturbée par le divorce de ses parents, très vite, le jeune ado se retrouve confronté à ses pulsions artistiques — sa vision intérieure —, sur laquelle viennent se greffer les aléas du quartier: «Nous possédons toujours le choix, le pouvoir de générer notre bonheur, notre malheur, nos obstacles ou dresser des barrières supplémentaires. Lorsque nous avons le sentiment de nous être fait avoir par nos amis, notre conjoint, au boulot, j’ai tendance à penser que c’est à cause des portes que nous laissons entrouvertes, à n’importe qui. Ton intérieur, ta vie, c’est une maison. Donc si tu laisses les portes et les fenêtres ouvertes, n’importe quel abruti peut s’immiscer dans ton univers pour le vampiriser. Il faut être conscient que la porte ne s’ouvre pas forcement aux bonnes personnes (…)»

 

«La photographie de rue, elle est magnifique, elle ne triche pas parce qu’elle n’est pas préparée. Elle est authentique, spontanée, pleine de sens (…)»

 

 

 

Fléau de la société? «La solitude»

 

Le développement des réseaux sociaux, le fonctionnement des applications numériques? Une tentative improbable de connexion au collectif: «on a l’impression de ne plus communiquer parce que plus personne ne sait écouter, vraiment. Il suffit d’observer la triste consommation homme-femme des relations, rien n’est naturel dans cette société (…)». La sensibilité artistique du créateur laisse à penser que la personnalité d’un individu ne se résume pas en quelques lignes, virtuelles, le regard planqué derrière un écran: «j’ai besoin d’entrer en connexion avec une personne, j’ai besoin de ça, j’ai besoin de baigner en immersion avec les gens, j’ai besoin du contact (…).»

 

Sacrifice”, Napoleon Da Legend’s,  ‘Steal This Mixtape’. Réalisation © Stéphane Davi – Production: J Dilla

 

«L’art est un outil de remise en question»

 

Si la vie est un art, pour Stéphane Davi, se définir en tant qu’artiste symbolise «un bien grand mot; le véritable artiste, c’est Dieu». Peu importe le nom, la croyance, la religion, «il y a quelque chose au dessus de nous, c’est évident. En tant qu’artistes, nous ne créons rien, je pense que nous ne faisons que réinterpréter la Création». Il n’y a pas de fausse modestie dans le fait d’évoquer un état de sensibilité ou d’exprimer l’intelligence du cœur. En cela réside l’attrait du photographe pour la photographie de rue. «La photographie de rue, elle est magnifique, elle ne triche pas parce qu’elle n’est pas préparée. Elle est authentique, spontanée, pleine de sens (…)». L’image est personnelle de même que l’artiste à l’écoute permanente de ses émotions: «Je suis ce qui résonne, c’est pour ça que j’aime la photographie de rue», explique notre invité, la voix teintée d’une brillance particulière. Plus on réfléchit une image, plus elle devient vide de sens; «on en perd sa vérité». Si Stéphane était une citation, il serait sans conteste cette phrase de Charlie Chaplin: «la vie est une scène, la rue son plus beau spectacle».

Pour le réalisateur, Chaplin avait tout compris à l’art, à une époque où l’industrie n’avait pas encore avalé le secteur. «L’art, c’est la résonance du peuple», insiste-t-il. À l’écoute de son intuition, ce dernier estime que si l’art n’est plus à la hauteur de résonner avec le peuple, nous perdrons une opportunité d’ascension des consciences, grâce à une profonde remise en question (indispensable) de nos valeurs et des mécaniques néfastes du système, à bout de souffle. «L’art est un outil de remise en question pour soi comme pour l’autre. Il suggère une opportunité de s’ouvrir vers l’inconnu, la nouveauté (…)». Ainsi, à l’aube d’une rentrée parisienne qui s’amorce sous le signe d’une grande agitation sociale, Stéphane Davi n’envisage plus d’évolution des consciences sans art.

 

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Niro, Fiers De Nous, extrait de la mixtape «Rééducation». Avec Said Taghmaoui. «C’est dans nos peurs les plus profondes que se cache notre pire ennemi». Réalisation © Stéphane Davi

 

Propos recueillis par Marion Calviera
Interview « Qui suis-je? » © People Act Magazine 2016

 

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