Rencontre avec Marwane Pallas, photographe pictural

Voici un jeune photographe prometteur. Marwane Pallas, originaire de la Loire, vit et travaille en Ile de France où il étudie dans une grande école de commerce. Ce jeune homme peut se targuer d’une expérience artistique déjà conséquente. De nombreux prix de photos remportés, une galerie newyorkaise qui expose ses œuvres et des publications dans différents médias spécialisés. Pourtant, c’est un artiste rempli d’humilité que People Act Magazine a rencontré.  Son crédo : l’autoportrait qu’il met en valeur avec une dimension picturale profonde. Découverte.

 

Paris

 

 

PAM: Marwane, 22 ans et déjà un sacré parcours devant vous. Qu’est-ce qui vous a inspiré à faire des autoportraits ?

Marwane Pallas : Je dessinais beaucoup mais je finissais rarement mes dessins. J’ai toujours aimé construire des images, mais je suis aussi impatient. J’ai découvert la photographie à un moment dans mes études où le temps me manquait beaucoup (classe de prépa). Je suis arrivé à l’autoportrait car de nature timide et réservée je ne vais pas naturellement vers les autres. C’est finalement moins égocentrique de faire de l’autoportrait car je ne dirige personne autour de moi. Qui plus est, j’aime beaucoup jouer des rôles. J’aurais aimé être acteur. Et je crois que je ne suis pas mauvais acteur. J’ai pu shooter des modèles quelques fois et ils ne sont pas toujours très fun. Moi j’ose… tout.

 

PAM: Votre travail est abouti, votre univers est atypique, comment le définiriez-vous ?

M.P : C’est difficile, il est très mouvant. J’ai du mal à percevoir si je suis uniforme. Lorsque je regarde mes photos sorties de «Here Come The Sun» ou «This is my body» le grand écart est total. Mais dans tous les cas, il y cette esthétique proche de la peinture qui m’inspire beaucoup. Dans mes dernières photos il y a parfois un certain malaise dans le thème et le sujet. Pas quelque chose de provoquant, juste un signe dans l’image qui signale que quelque chose ne va pas, mais il est vrai que cela peut pousser jusqu’au nauséeux. Je travaille beaucoup sur la réflexion (autoportrait), la beauté fait toujours partie de l’équation car c’est quelque chose d’obsédant, j’essaye de pousser cette obsession jusqu’au bout quitte à faire des morts.

 

PAM: Ce serait donc un exutoire, une façon de libérer des démons intérieurs ?

M.P : Mes démons ne sont pas vraiment intérieurs, mon meilleur ennemi est ma propre image que je déteste, que tout le monde peut voir et que je m’amuse à détériorer. Ce n’est pas nécessairement le sujet principal de mes photos. Mais si au passage je peux écorner mon image, me faire un peu de mal, je le fais sans hésitation.

 

Dans mes dernières photos il y a parfois un certain malaise dans le thème et le sujet (…) cela peut pousser jusqu’au nauséeux.

 

PAM: Comment se passe votre processus créatif ?

M.P : Rarement deux fois de la même façon. Mais je ne fais jamais de mood board, je n’étudie pas en amont. Je vais directement shooter en improvisant souvent. Et beaucoup de mes photos restent lettre morte. Il m’arrive quelquefois de trouver un filon avec une série entière lorsque j’ai le temps et l’obsession.

 

PAM: Une fois le shooting fait sous l’impulsivité, vous passez à de la retouche numérique et à la peinture numérique. Mais sur la photo «Corporeal Being» par exemple de la série «This is my body», vous utilisez des éléments vivants -morts en l’occurrence- pour agrémenter votre photo.

M.P : J’ai vidé des pièges remplis de taons, de mouches et de guêpes… et je les ai collées sur ma peau avec l’aide de ma mère qui m’a parfois assisté dans mes délires les plus fous. Par exemple ce sont mes parents qui m’ont donné la carcasse de mouton utilisée pour la photo «Angel». Au final, cette série n’est pas très retouchée. Le principal a été de pousser vers une esthétique proche de Caravage.

 

PAM: Ca doit être agréable d’être soutenu comme cela dans des projets aussi fous par ses parents. Leur ouverture d’esprit sur l’art et votre univers est, je suppose, important pour vous. Cet univers que vous transpirez sur vos photos et cette hyper créativité c’est génétique ?

M.P : Très important. Je me rends compte en grandissant que j’ai eu la chance d’être bien nourri culturellement. Mes parents ont un bon gout, sont multiculturels, m’ont élevé à la campagne et laissé très libre. Mon père est plus axé vers la musique et a entrainé ma sœur ainée. Ma mère est peut-être plus vers l’image et la composition. Ils sont souvent les premières personnes à qui je montre mes photos, comme lorsque j’étais petit et que je voulais les honneurs de la porte du frigo pour mes dessins. Il arrive parfois que leur soutient me mette mal à l’aise. Tout visiteur a le droit à une revue complète de mes photos, y compris les plus bizarres ou mes nus…

 

 

PAM: Quels artistes vous inspirent ?

M.P : Je connais peu d’artistes de manière exhaustive, généralement je comprends leurs «big picture», leurs concepts, leurs couleurs, leurs styles. Mais je m’aventure rarement au delà de la première page de recherche sur Google image. Par contre, je suis très fan de Björk. J’ai souvent sa musique dans mes oreilles lorsque je shoote, et elle est toujours à l’avant-garde visuelle.

 

PAM: Parlez-moi de la série «Glitch –WIP».

M.P : Je voulais me rapprocher des visages. Mes premières photos étaient étrangement des tableaux immenses, parfois baroques. J’ai remarqué qu’en 2013 j’ai pu m’approcher des corps et du visage. J’ai voulu effacer tout le reste et faire un zoom. Là encore, je voulais casser quelque chose, montrer des photos aux compositions simples et minimalistes mais qui contiennent un élément de désordre. Une beauté cassée et dérangeante, mais toujours belle. Le terme «glitch» renvoie à une anomalie digitale, j’ai voulu quelque chose proche d’un «glitch» dans l’image qui puisse paraitre extrêmement vrai.

 

PAM: Avez-vous d’autres projets en cours, ou aspirations futures ?

M.P : Continuer dans cette série. Je suis actuellement en train d’essayer de shooter une série de mode où le modèle est remplacé par un cadavre. Les photos de mode ont une esthétique qui m’attire, mais le monde de la mode me révulse. Aussi, je suis très porté par la politique et la géopolitique, difficile de traiter de ces sujets via l’autoportrait mais je veux essayer d’intellectualiser mon travail vers cette conscience là.

 

PAM: Au niveau géopolitique, des sujets actuels vous révoltent ou vous touchent plus que d’autres ?

M.P : L’Europe. Je suis très pro européen. L’union doit se faire dans la culture et le partage entre les jeunes de notre génération.

 

© PAM 2014-2016

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