Présidentielle: Macron vs Le Pen, analyse d’une élection historique

Présidentielle

Focus post 1er tour

 

C’était dimanche dernier. Après avoir retenu leur souffle pendant de longs mois, les français ont enfin découvert les visages des deux qualifiés de la course à l’Élysée. Emmanuel Macron, avec 24% des suffrages et Marine Le Pen, avec 21,7%. Un score serré et deux candidats aux antipodes: la candidate de la tradition et le candidat du renouveau.

 

Cap sur des coalitions non naturelles et atypiques dans une société française fractalisée; comprendre: compartimentée. Comment fédérer largement? Photo © Studio graphique France Médias Monde/AFP

 

« Jamais depuis le premier scrutin qui a eu lieu en 1965, un candidat de la droite républicaine n’a été absent du second tour de l’élection présidentielle. Un deuxième tour sans PS ni Républicains est historique», explique l’analyste Florent Parmentier, interrogé par le magazine RT, trois jours après les résultats du premier tour. En effet, il s’agit d’une situation unique, que nous avons vécu dimanche.

 

Electrochoc tout d’abord, à la découverte de l’absence des grands partis : chose qui n’est arrivée qu’en 1940 et 1958, périodes correspondant à la défaite face à l’Allemagne nazie et à la guerre d’Algérie. Une première donc, en temps de paix. Le score de 6% du PS obtenu par Benoît Hamon traduit lui aussi une vraie rupture avec le parti de la part des citoyens, dont beaucoup expliquent avoir été «déçus par le PS durant ces 5 dernières années au pouvoir».

La fulgurante augmentation du vote frontiste quant à lui représente le plus haut résultat jamais obtenu en France depuis l’après guerre par le Front National. Pour beaucoup de français, le climat d’insécurité que connait actuellement le pays justifie cette mesure drastique qu’est le vote extrême, autrement dit le vote contestataire. Autre fait inédit dans la République : l’avènement d’un parti dynastique, que représente le FN, et l’inauguration d’une volonté de continuité en ce sens de la part d’une partie des français. De son côté, Emmanuel Macron, nouvel arrivant du paysage politique français accède à l’antichambre de la gloire avec un parti « ni de droite ni de gauche » crée il y a seulement un an.

En Marche ! le nouvel OVNI politique porté par un jeune candidat, vient donc se frotter au parti fasciste historique français et à son idéologie sociale-nationale. Nous sommes typiquement dans un duel : le bons sens contre le ras-le-bol, l’Europe contre le nationalisme, la mondialisation contre l’indépendantisme. Dans une élection très marquée par le nombre de candidats euro-sceptiques, il est important de noter l’arrivée au second tour de celui qui assume le plus son côté pro-Européen. Un espoir face à la montée du nationalisme. Après ce dimanche, tout reste désormais à envisager, mais une chose est sûre, certaines soirées laissent des traces indélébiles dans la vie politique française. Celle-ci en fait partie.

 

Des réactions mitigées chez les politiques

« C’était un combat réputé imperdable pour la droite et qui se termine en fiasco lamentable. La droite a été balayée, comme le parti socialiste, et il va falloir en tirer toutes les leçons. » a déclaré Jean-François Copé, invité sur France 2 le soir des résultats. Il a néanmoins appelé à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage au Front National, de même que François Hollande, François Fillon, Benoît Hamon, Laurent Wauquiez, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Baroin, François Bayrou, Christian Estrosi, Manuel Valls…

Depuis Matignon, le premier ministre Bernard Cazeneuve a déclaré: «Ce soir la présence d’une candidate d’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle, quinze ans après le choc d’avril 2002, appelle une position claire et forte de tous les républicains. C’est la raison pour laquelle je les appelle solennellement à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle pour battre le Front national et faire échec à son projet funeste de régression de la France et de division des Français».

 

De nombreuses réactions et un rempart qui se veut solide

De nombreuses réactions et un rempart qui se veut solide et droit contre la menace frontiste mais dont certains n’ont pas suivi le mouvement. C’est le cas, par exemple, de Jean-Luc Mélenchon qui n’a donné aucune consigne de vote et s’en est remis à une consultation des «insoumis(es)». De son côté Nicolas Dupont-Aignan a décidé de rallier la candidate du Front National après s’être octroyé un délai de réflexion d’une semaine. De plus, cette dernière lui a même proposé un poste de premier ministre si elle venait à être élue. Une décision qui a provoqué un tollé jusque dans les rangs de son parti «Debout la France » puisque son vice-président, Éric Anceau, a annoncé sa démission, dénonçant un «calcul politicien».

Peu convaincu par cette mobilisation, Philippe Poutou a déclaré qu’Emmanuel Macron n’était «pas un rempart contre le FN». Du coté des deux gagnants, les réactions n’ont pas non plus tardé à pleuvoir. «On tourne clairement aujourd’hui la page de la vie politique française», a déclaré Emmanuel Macron lors de son discours. Marine Le Pen à quant à elle déclaré que le second tour sera le choix entre «la grande alternance» et «la dérégulation».

 

Les chiffres sont en constante évolution depuis dimanche. Malgré une avance significative, Emmanuel Macron perd de la distance face à la candidate du Front National © Source graphique: L’internaute.com

 

Distancée de peu par Emmanuel Macron, la candidate peut compter sur les membres de son parti pour tenter de récupérer l’électorat des vaincus du premier tour: «Je lance un appel à tous les électeurs, et y compris bien sûr les électeurs qui ont fait le choix de M. Fillon, et qui ont pu avoir le sentiment qu’au premier tour on leur a un peu volé leur élection», a déclaré Florian Philippot sur le plateau de France 2, dimanche soir.

 

Des sondages en constante mouvance

Selon le dernier sondage «PrésiTrack» Opinionway-Orpi, jeudi 27 avril dernier, le candidat d’En Marche ! serait passé sous la barre des 60%, à laquelle il se maintenait depuis dimanche dernier. Le Front National semble gagner du terrain d’après les dernières estimations:

Emmanuel Macron (59%) perd encore un point depuis la veille face à Marine Le Pen (41%). L’écart se réduit entre les deux candidats. Donné favori de cette élection, Emmanuel Macron se fait peu à peu rattraper à raison de deux points en deux jours. Toujours d’après ce sondage, on découvre que 71% des français estiment que cette campagne est de mauvaise qualité. Une très large majorité d’entre eux (76%) pensent qu’Emmanuel Macron sera le gagnant de cette élection présidentielle, 56% d’entre eux le souhaitent. De l’autre côté, 36% des votants privilégient une victoire de Front National — 20% d’entre eux sont persuadés qu’elle aura lieu. Réponse le 7 mai prochain…

 

Audrey Bernard © PAM 2017

 

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