Emmanuel Macron: «Accepter de rencontrer le corporatisme»

Le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires, a rencontré un vif succès, mardi 12 juillet, à la Maison de la Mutualité, à Paris, lors du premier rassemblement de son mouvement alternatif En Marche ! visiblement séduisant aux yeux de la majorité citoyenne.

 

"Emmanuel Macron visite le campus des métiers et de l'entreprise, à Bobigny." Photo © closermag.fr

« Des évènements comme celui-ci, il y en aura d’autres (…), et ce mouvement nous le porteront ensemble, jusqu’à la victoire! (…). Le moment est venu de faire des choix clairs pour prendre des décisions collectives, courageuses, dont le pays a besoin (…) », a déclaré Emmanuel Macron pour lancer le top départ d’une campagne qui se précise, malgré l’agacement du gouvernement. Photo © closermag.fr

 

Premier discours de campagne, défi lancé, pari tenu. À neuf mois de la présidentielle, la vision alternative d’Emmanuel Macron emballe l’auditoire, deux jours avant l’allocution du chef de l’Etat, le 14 juillet.

 

Prônant la différence, la diversité des profils, les idées larges, Emmanuel Macron promet l’ouverture d’un nouveau chapitre, pour «une nouvelle histoire (…), pour faire (…)». Sénateurs, députés, anciens ministres, entrepreneurs, employés, anonymes, étudiants, salariés, chômeurs, retraités, «cette histoire, elle dérange, ça arrive (sourire)… j’en sais quelque chose (sourire). Elle vient contrarier l’ordre établi, elle inquiète le système, ses incohérences (…)», a-t-il déclaré avec beaucoup de douceur et de subtilité. «Ce sera dur, demain, après-demain, on se fera critiqué (…), rien ne doit nous arrêter (…). Nous pouvons récompenser toutes celles et ceux qui savent prendre des risques en entreprenant, en créant. Nous pouvons également reconnaitre celles et ceux dans la souffrance (…)». Emmanuel Macron en quête d’équilibre, de justice, d’équité, du respect des règles liées au principe de laïcité: «Toutes les religions se conforment aux règles de la République, parce qu’elles sont claires. Dans notre République, il n’y a pas d’inégalités entre les hommes et les femmes. Dans notre République, il y a des règles, il faut les respecter (…)», sans amalgame entre Islam et terrorisme, selon la vision du ministre, «attaché à ses origines, chrétiennes, voire judéo-chrétiennes»; «sans être uniquement cela» pour autant.

 

Salle comble, attentive, plus de trois mille participants (et curieux) ont répondu présent

Des centaines de personnes ont été refusées par manque de place, attestent les organisateurs. «Ce soir, nous sommes en marche, c’est fait… (…)», a déclaré le ministre de l’Économie, au regard de l’impact de la manifestation. «Des évènements comme celui-ci, il y en aura d’autres», a-t-il ajouté pour présenter son concept «d’égalité des libertés»: «Une place pour chacun dans une France capable de prendre des risques pour avancer», pour s’adapter aux opportunités de la mondialisation, en réduisant les inégalités (dès les premiers pas dans le système éducatif). Aujourd’hui, En Marche ! comptabilise plus de 50000 revendiqués. Entouré de ses soutiens, l’outsider sort de l’ombre. Contact sobre, actuel, promesses d’«engagements concrets», «d’objectifs dressés avant la fin de l’année après un audit profond du pays». Durant la période estivale de même qu’à l’automne… En marche ! poursuivra sa course avec «détermination». Emmanuel Macron s’est engagé sur l’élaboration d’un programme «progressiste», destiné à «changer le pays», générateur d’adaptabilité, de «paix», de «prospérité», de «liberté», d’«énergie», de «conviction» et de «confiance», vers «un nouveau modèle productif». — Sous les encouragements de la salle.

 

Appel à la flexibilité de la Nation

Emmanuel Macron a annoncé l’aube d’un nouveau combat quotidien tant sur le plan social que politique, en vue de convaincre, d’expliquer, les changements qui s’avèrent urgent pour l’avenir et la flexibilité, l’adaptabilité de la Nation. «De grands changements», indispensables, mais qui devront toutefois s’effectuer dans le respect d’autrui, sans provoquer ni heurter les consciences les plus réticentes, face aux impératifs d’une nouvelle réalité: «Notre ennemi, c’est la peur sincère qui paralyse (…)», a-t-il précisé sur une tonalité lucide, altruiste et pacifiste. Vision d’une France courageuse au jeu collectif structuré sur de nouvelles bases. Une France «réformée par le haut», imposant «le droit de voter pour un projet, une vision, pour des choix, pour le pays… (…)», a ainsi déclaré le ministre de l’Économie, officiellement en lice pour la présidentielle 2017. «Et c’est cela notre bataille pour les prochains mois; et, dans cette bataille, nous allons donner toutes nos forces; et dans cette bataille nous allons prendre tous les risques; et je les prendrai avec vous (…). Nous devons être ce que nous sommes, c’est à dire un mouvement de l’espoir. Ce mouvement, maintenant, plus rien ne l’arrêtera, parce que c’est le moment de l’espoir et que notre pays en a besoin. Ce mouvement nous le porteront ensemble, et jusqu’à la victoire!».

 

«Dépasser les clivages, aller plus loin, additionner les forces, rassembler…»

Un rassemblement «progressiste», «dynamique», «différent», destiné à «additionner les énergies», «pour voir la France telle qu’elle est: en la regardant en face». Un pays usé par «les promesses non tenues», lucide, Emmanuel Macron révèle son idéologie, son ambition, sa motivation vers un «changement maintenant» dans «une direction commune», en réconciliant «deux France»: la France conservatrice et la France progressiste; «pour une France réconciliée», fondement du rassemblement et du mouvement créé par le ministre. Un rassemblement pour «faire» et non pour «plaire»; pour «servir notre pays, faire notre part», a expliqué Emmanuel Macron. Remercié pour sa confiance devant un auditoire attentif, le choix de François Hollande semble se retourner contre lui puisque que le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, n’hésite plus à se servir des éloges du président de la République à son égard, pour installer sa réputation politique, dans son propre meeting… de campagne. Sans se soucier des controverses, étant donné son sens de l’autonomie et la diversité des personnalités qui l’entourent désormais à visages découverts.

 

«Remettre de la liberté c’est accepter de rencontrer le corporatisme»

«Entendre», «comprendre», une action de terrain pour «rendre le système plus lisible et plus transparent pour chacun», le nouveau cheval de bataille d’Emmanuel Macron. Ici, «penser que la liberté s’oppose à l’égalité est une erreur profonde (…)». «Remettre de la liberté c’est accepter de rencontrer le corporatisme». Une introspection se révèle nécessaire pour faire bouger les lignes, a confié le ministre. «Il faut expliquer où l’on va… (…)»; «il faut accompagner ceux qui perdent quelque chose durant cette transformation — ce changement —, en les compensant». Parallèlement, avec plus de flexibilité, d’ouverture, de communication, d’après un accord à établir — au plus urgent — entre fonction publique, associations et corporatisme. «Enlever des normes pour prendre des décisions plus stables. Libérer c’est simplifier (…)», d’après Emmanuel Macron, afin que l’ensemble des classes sociales et tous les secteurs de la nouvelle économie puissent «avancer».

 

Macron nouvellement apolitique ? Mise en avant des blocages, des résistances fortes, extrêmes, manque de communication du gouvernement actuel, les promesses et les actions, selon Emmanuel Macron, sont devenues incompréhensibles; les lois instables, les textes compliqués. «Nous perdons en efficacité. Nos institutions, notre système, la chorégraphie de tout cela… le Monde est ancien, fatigué, il faut en changer (…)». La fatigue, le déni de réalité de la classe politique traditionaliste, tous partis confondus; comment continuer avant les mêmes règles et les mêmes usages? Pour le nouveau candidat fraichement déclaré, «le moment est venu de faire des choix clairs, pour prendre des décisions collectives, courageuses, dont le pays a besoin». Constat lucide, établi. « Au fond, quelque chose a changé, l’Histoire est en train de rebattre les cartes (…) vers une transformation en profondeur (…)». Vision locale du ministre, l’Histoire vit une grande transformation géopolitique, écologique, numérique, sociale, économique. Mais «l’Histoire est redevenue tragique… », a-t-il souligné en dénonçant une nouvelle génération absorbée par les méandres du terrorisme, dont les inégalités sont également responsables.

 

Une accélération radicale de la mondialisation

Le ministre de l’Économie envisage «une accélération radicale de la mondialisation pour une transformation profonde de la société et de la politique», histoire d’abolir l’élitisme intellectuel et politique. «Certains secteurs de l’économie sont balayés, le travail est en train de se transformer, la moitié des emplois n’existeront plus dans 10 ans». Enjeu «inquiétant», «terrifiant», l’expérience de la crise peut néanmoins générer maintenant des «opportunités» de produire une organisation différente, plus réactive à l’environnement économique, social ou écologique. Acquérir plus de souplesse, de fluidité, «d’agilité», donc une chance pour le pays, d’après Emmanuel Macron, de procéder à une «refondation radicale des choses» et obtenir enfin un équilibre général plus juste, plus réaliste, en ce qui concerne l’analyse du jeu politique, l’obligation de l’État, ou encore la participation citoyenne. «Inventer, ensemble, un modèle productif intégrant la nouvelle réalité sociale, un défi d’aujourd’hui», a souligné le ministre. Ce dernier promet maintenant d’établir «un constat clair» de la situation ambiante pour créer «un souffle nouveau», d’ordre collectif.

«Je ne suis pas Michel Rocard», a déclaré Emmanuel Macron qui n’a pas oublié de rendre un vibrant hommage sur le ring, à l’homme politique décédé à Paris, le 2 juillet dernier, pour se retrouver à cet instant précis, une fois de plus, sous les applaudissements de son auditoire. Emmanuel Macron, l’outsider, s’est positionné hier soir en candidat de choix pour une élection présidentielle qui s’annonce aussi improbable que carnassière. Programme convaincant pour un homme d’État nouvelle génération: spontané (si nécessaire), indépendant (nul doute), réformateur (probablement), abordable (une base), jeune (à double tranchant), incontestablement brillant (il serait malhonnête de penser le contraire), mystérieux (traduire= fraichement arrivé dans l’arène politique) donc (logiquement) séduisant. «Il est temps que tout cela s’arrête», a estimé Manuel Valls devant les caméras de BFM TV, un peu plus tôt dans l’après-midi, en prévision de ce meeting.

 

Marion Calviera
© PAM 2016

 

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