On y était : Paris, la Biennale de Belleville, édition 3

Pendant deux mois, le quartier de Belleville s’est animé de propositions artistiques autour du thème de la déambulation et de la promenade. Où l’art contemporain nous permet de freiner un peu le rythme frénétique de la vie urbaine et déambuler tranquillement.

 

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Conception d’une expo au cours d’un voyage de Laurent Tixador. L’artiste a effectué un trajet à pied de Nantes à Belleville et a transformé le moment de marche en un atelier d’artiste en créant des objets faits de déchets prélevés en chemin. Crédit photo © Laurent Tixador

 

Derniers jours pour visiter la troisième édition de la Biennale de Belleville qui se tient jusqu’au 26 octobre dans différents lieux de ce quartier populaire menacé d’une gentrification galopante. Conférences, performances, expositions et autres happenings matérialisent les questionnements autour de la nature de la création contemporaine, ses lieux de monstration et surtout comment ils touchent le grand public.

 

D&D - Crédit photo : Claire Renier

Effleurer les Lilas de Dector & Dupuy. Le duo d’artiste propose deux visites guidées dans l’espace public sur le modèle des visites de musées. Avec leurs deux paroles, ils donnent existence à des objets trouvés ou à des choses observées…et rendent visibles des éléments ignorés de la réalité urbaine. Crédit photo : Claire Renier

 

La Biennale de Belleville est née en 2010 de l’envie de critiques et commissaires d’exposition habitant dans ce quartier multiculturel, où de nombreuses galeries et artistes se sont installés, de proposer des propositions artistiques différentes pour un quartier différent. Exposition de peintures dans la rue, visites guidées, performances…depuis 6 ans, ces apaches de l’art contemporain agitent le quartier et écornent la vision stéréotypée d’un art marchandisé.

 

Ici pas de temples de l’art contemporain

Il n’y a pas à Belleville de grands espaces d’exposition comme le Palais de Tokyo ou le Centre Georges Pompidou par exemple. Nous sommes face à une géographie parcellisée. Une adaptation de la forme comme du fond est indispensable et vital de ce nouvel événement culturel. Les organisateurs de la Biennale se sont interrogés sur d’autres formes d’art, celles qui ne nécessitent pas une cimaise ou un white cube pour exister. En poussant plus loin leurs réflexions, il leur est apparu évident que le public pouvait avoir une part active dans ces expériences artistiques. De visiteurs « passifs » d’une exposition, ils deviennent participants, acteurs.

 

Ainsi, tout un chacun s’engage à la suite des artistes dans cette piste des apaches, ce wild wide west artistique au cœur de Belleville. Le quartier et plus largement la ville sont de nouveaux territoires à conquérir, et finalement comme une œuvre collective ultime en perpétuelle définition.

 

 

Ghost invaders

Avec Hanter Belleville, les artistes Adrien Guillet & Camille Tsvetoukhine proposent un projet multiple composé, entre autre, de déambulations-performances dans la ville. Partant de la « prophétie » du philosophe Jacques Derrida sur une ère des fantômes à l’âge du numérique et de la dématérialisation, les deux artistes appliquent « littéralement » ce concept en organisant grâce à des participants bénévoles des déambulations de fantômes du type classique « drap blanc troué au niveau des yeux ». Ces troupes disparates secouent la quiétude du quartier populo-bobo entre humour, questionnements et réactions à chaud. Hanter Belleville, c’est une blague potache, une certaine poésie urbaine ou plus trivialement un écho aux femmes portant la burqa, nouveaux fantômes de nos sociétés contemporaines.

 

 

L’art à l’écoute

Cette échappée des espaces consacrés que sont les galeries et musées se retrouve dans le projet Brooklyn à Belleville ou celui de l’artiste Capucine Vever. Cette dernière s’intéresse dans son travail à un type particulier de territoires, invisibles et pourtant présents dans de nombreuses villes : les carrières. Sans carrière, pas d’immeuble, c’est là que tout à commencer en fait. Son projet Yet Another hole I didn’t know about / A la conquête de la Nouvelle Californie s’expérimente dans le quartier des Buttes-Chaumont. Cette œuvre participative invite le visiteur à télécharger une application et de se promener dans un territoire où grâce à la géolocalisation, des créations sonores sont disponibles. Nous pouvons ainsi explorer mentalement des zones souterraines.

 

 

Amener Brooklyn à Belleville était le projet de la commissaire d’exposition Marie Maertens. Au-delà du cliché de deux quartiers bobo qui se rencontrent, ce projet fait du spectateur non plus un « regardeur » mais un « écouteur ». Six artistes installés à Brooklyn, proposent ici la mise en récit de l’une de leurs œuvres, téléchargeables sur le site de la Biennale. Ces pièces sonores narratives assemblées dans un espace d’exposition fictif que le visiteur choisit ont en commun le principe de la narration et l’idée d’une exposition immatérielle. Les œuvres ne seront jamais vues, jamais réunies et pourtant là dans vos écouteurs, elles le sont.

 

Le programme de la Biennale est tout aussi ambitieux que ses propositions artistiques. Production d’émotions, de déambulation et éventuellement d’ampoules aux pieds et de bulles d’air intellectuelles, des chemins sensibles se dessinent, jusqu’au 26 octobre.

 

« Ulysses, a long way » (Paris) de Jean-Christophe Norman. Depuis 2012, l’artiste a entrepris de réécrire le roman de James Joyce sur les trottoirs de villes comme Tokyo, Marseille ou Gdansk. Ces lignes jettent un trouble dans le quotidien urbain et provoquent toutes sortes d’événements : arrêts, discussions ou lectures des passants…        Crédit photo : D.R.

 

Prisca Mounier

#PAM (2014)

 

Tout le programme sur :

http://www.labiennaledebelleville.fr/

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