Money Planet #16: Profession Flash Boy, Trader Haute Fréquence

Wall Street
Trader Haute Fréquence

 

Bienvenue dans l’univers du Flash Boy, trader haute fréquence (THF), situé quelque part sur une place boursière, entre temps réel et scénario d’anticipation.

 

The war was lost
The treaty signed
I was not caught
I crossed the line

I was not caught
Though many tried
I live among you
Well disguised

(Léonard Cohen, Nevermind, 2014)

 

Haim Bodek, la star des «algorithmiciens» désormais en guerre contre la Bourse, dans le documentaire «Les nouveaux loups de Wall Street», diffusé sur Canal + au printemps 2015. Photo Chengyu Prod, Canal +.

Haim Bodek, algorithmicien « star » de la finance est entré en guerre contre la Bourse dans le documentaire, Les Nouveaux Loups de Wall Street, diffusé sur Canal+, le 29  avril 2015. Photo © Chengyu Prod / Canal +

 

Voyage sur la planète du Trading Haute Fréquence et du supertracker — traduire trader-ovni nouvelle génération — l’esprit incisif, réactif à la nanoseconde, expert en microstructures des marchés, en optimisation d’algorithmes ciblés. Homme de l’ombre, précis, rapide, prolifique, focus sur un homme pressé…

 

Focus

«Les traders haute fréquence ajustent des algorithmes en permanence». Il y a quelques années, le temps de conservation d’une action était de l’ordre de trois ans. En 2015, les actions sur le marché se conservent moins d’une minute. 200 millions de titres sont échangés chaque jour, 21 millions de transactions effectuées, soit 7 à 8000 démarches enchainées, «le temps d’un battement de cil», par le biais d’une robotisation de systèmes autonomes ne nécessitant plus aucune intervention humaine. Une stratégie financière d’optimisation des transactions répandue dans plus de 70% des firmes aux USA. En Europe, 40% des acteurs boursiers adoptent également cette méthode. Ainsi, le Trading Haute Fréquence traque le chemin le plus court vers son objectif, en fonction de sa capacité de calcul et d’anticipation, d’une analyse des comportements des flux, de leur itinéraire, en tenant compte des réflexes de la concurrence.

 

Un système «devenu dingue»

 

Les Flash Boys agissent sur des phénomènes «statistiques» et «algorithmiques» de la Bourse. Mathématiciens avertis, nouveaux prophètes numériques d’une machine prête à s’emballer à la milliseconde, intrusions cybermutantes, les THF sont en quête d’une maîtrise suprême de la vitesse et du temps via des ordres exprimés sous la forme d’une multitude de séquences «flash». Les meilleurs créateurs d’algorithmes sont formés à Paris parmi les cerveaux les plus brillants de la planète, selon les experts.

«Je ne considère pas les THF comme des bandits mais plutôt comme des prédateurs», explique Michael Lewis, ancien trader repenti, journaliste, auteur du livre-révélation, Flash Boys: A Wall Street Revolt. Un best-seller made in USA dans lequel il accuse, en mars 2014, les THF de «truquages» et de «manipulations boursières». Experts des transactions éclair, les Flash Boys surfent stratégiquement sur les marchés au constat d’un vide à la fois juridique et judiciaire, en matière de stratégie appliquée au Trading Haute Fréquence. Et ce, par le biais d’un système volontairement complexifié. Cette politique de l’invisible permet d’éviter les remises en cause publiques de structures et d’algorithmes fantômes, virtuels, hyperactifs au quotidien sur les marchés, conçus pour brouiller les pistes en mode gestion flash insaisissable (commandés de surcroit par des ordinateurs aux facultés de calculs et de transmissions monumentales).

 

Les régulateurs pris de court par la vitesse des transactions

 

Les THF réagissent plus vite que les traders traditionnels aux opportunités qu’ils détectent ou provoquent sur des marchés qu’ils manipulent en amont de la concurrence — à la nanoseconde près — dérapant parfois vers des pratiques illégales, à l’origine d’effondrements, de phénomènes «inexpliqués» massifs, incohérents et foudroyants, notamment sur le marché des ordres (achat-vente). Ces nouvelles âmes carnassières profitent d’un système «devenu dingue», insiste Michael Lewis, «en tirant profit de toutes les opportunités envisageables». Le résultat d’une coalition, d’après le journaliste américain, entre les bourses, les grandes banques et les traders de Wall Street, signe de nombreux couacs potentiels à venir.

 

"Ça va beaucoup trop vite pour l'Homme", les algorithmes ont "supprimé l'humain des marchés", confie un trader. "Tous ceux qui ont des actions en bourse sont des victimes." (Les Nouveaux Loups de Wall Street). Photo © Canal +

« Ça va beaucoup trop vite pour l’Homme », les algorithmes ont « supprimé l’humain des marchés », confie un trader. « Tous ceux qui ont des actions en bourse sont des victimes. » (Les Nouveaux Loups de Wall Street). Photo © Canal +

 

Un état d’esprit…

En 2008, les affres de la crise mondiale n’auront pas suffit à enseigner une leçon politique, économique, sociale, dont le THF n’a que faire, aujourd’hui encore.

 

Le THF s’envisage en prise de risque, concrète et philosophique, excessivement toxique pour l’intérêt général d’après les analystes. Une telle anticipation boursière virtuelle, effectuée en temps réel sur les marchés, dégage une puissance suffisante pour générer de nombreuses attaques, parfois indicibles, subtiles, aux conséquences dramatiques. Têtes brûlées, les THF regroupent des personnalités brillantes mais extrêmes. Ils s’avèrent aujourd’hui technologiquement mieux armés que leurs pères. Ici, la crise, le monde, ne représente qu’une équation à faire ou à défaire, au jour le jour, sans état d’âme ni concession. «Je suis devenu un dinosaure à 47 ans», confie un trader au flair remplacé par des ordinateurs surpuissants sur «un marché truqué». Un marché composé d’algorithmes autonomes, avec une faculté précise, le pouvoir de changer — à la milliseconde près —, la trajectoire de l’économie mondiale.

Ainsi, les THF arrivent à la charge de l’Europe depuis cinq ans (installés depuis près d’une décennie aux USA), pour «jouer les apprentis sorciers», faire valser la donne en empruntant le chemin le plus court vers la voie du silence, et celle du règne de la matrice toute puissante. «Ça va beaucoup trop vite pour l’Homme», les algorithmes ont «supprimé l’humain des marchés», estime un trader américain. «Tous ceux qui ont des actions en bourse sont des victimes». Et si, un jour avant l’Homme, la machine se déglinguait jusqu’à devenir folle ? Pour certains, un Flash Crash issu du THF peut générer «la fin du système financier», si le problème s’étend sur plusieurs jours. Pour d’autres, «on y va tout droit».

Marion Calviera

 


 

NYC, Wall Street, 6 Mai 2010, panique à bord, les cours chutent violemment. Absorbés en direct par les troubles de la crise grecque, journalistes, courtiers, ou investisseurs, personne ne comprend l’origine de l’effondrement qui survient en moins de deux minutes, côté Wall Street. Cinq ans plus tard, le 23 avril 2015, les autorités financières internationales attribuent un visage à cette intrusion supposée humaine. Un THF agissant sur les marchés des ordres achat-vente, Navinder Singh Sarao, arrêté à la demande du département de la Justice américaine par Scotland Yard (Les Echos). Son nom se dissimulait derrière «une petite firme» ; «un franc-tireur», «un mouton noir», pour les enquêteurs. «Pendant près de cinq ans, les THF ont toujours catégoriquement nié avoir contribué à cet événement exceptionnel et retentissant.» (Les Echos).

 

 

En l’espace de cinq minutes, New York enregistre le premier Flash Crash le plus important de l’histoire, les cours plongeant de «$1000 milliards soit trois fois le budget de la France avant de remonter» ; avec «une perte de 200 points en 2 minutes». Effet d’emballement collectif, les actions à réputation solide plongent à zéro, «d’autres montent à $1000». Vision surréaliste d’un effondrement, celui du «Temple de la Finance» ; «on avait jamais imaginé que le marché puisse disparaître ainsi!», témoignent les traders qui ont assisté à un vent de folie, le temps d’un flash, ou d’un éclair. «$150 millions évaporés sans aucune sanction émise». La dégringolade a pris fin lorsque les équipes ont coupé l’ensemble des systèmes et des réseaux informatiques en appuyant sur le bouton «OFF».

 


 

 

 

Sur le même thème:

Trading Haute Fréquence: «La monoculture appauvrit le sol»

Clearstream : Denis Robert 1 – Banksters 0

 

En savoir +

«Les Nouveaux Loups de Wall Street»

Documentaire de 90 minutes diffusé le 29 avril 2015 sur Canal+
Réalisé par Ivan Macaux avec Ali Baddou
Produit par CHENGYU PROD avec la participation de Canal+

 

 © PAM 2015

Enregistrer

Enregistrer

NEWS

  • Minthé Interview Qui Suis-Je ?   «Une personne sur dix dans notre monde n’a pas accès à l’eau, le plus basique, le plus vital des besoins humains. Une privation que nous, Occidentaux, n’imaginons pas endurer plus de 12 heures consécutives.  Un fait, 663 millions de personnes sur cette planète manquent d’eau. C’est une réalité, une
    Surprise des yeux   Dans une baignoire ou par le biais de ses montages photographiques, l’ancien acteur de film d’horreur, Robert Gligorov, dévoile son monde intérieur, des images exprimant ses fantasmes de mutation.     L’art ne fait qu’imiter la nature   D’origine macédonienne, Robert Gligorov est le Docteur Frankenstein de l’art mutant. Lui aussi

POINT PRESSE

Politique

Economie

Média

L'interview

Money Planet

Les planches du mag

Chroniques de l'Eau