Money Planet #21: Chroniques de la sorcellerie anthropophage

Dossier spécial

Sorcellerie Anthropophage

 

En Tanzanie, une fillette de quatre ans a été tuée le 13 octobre 2000, « les meurtriers ont emporté un de ces bras », explique Eléonore Abou Ez sur le plateau d’Info Afrique. « Une autre jeune femme a eu la main coupée. Toutes deux étaient albinos », poursuit la journaliste. Focus par Marion Calviera

 

 

AFRIQUE – Malawi

 

Les chiffres du marché noir de la sorcellerie anthropophage :
Le bras d’un albinos vaut $ 2,000.00
Le corps d’un albinos vaut $ 75,000.00
Salaire moyen mensuel par habitant : $ 30.00
10000 personnes présentent une pathologie d’albinisme

 

« Début mars en Tanzanie, un enfant de six ans atteint d’albinisme a été attaqué et amputé de sa main par ses agresseurs. Un mois plus tôt, en février, un bébé albinos de 18 mois, enlevé par des hommes armés a été retrouvé mort. Et on est toujours sans nouvelles d’une petite fille albinos enlevée dans les mêmes conditions à la fin 2014 », indique un article du journal La Croix, le 12 mars 2015. « Il n’existe pas de chiffres fiables sur le nombre de personnes atteintes d’albinisme assassinées ou blessées en Tanzanie », relate l’auteur. D’après l’article, l’ONU évalue le décès d’albinos par acte de sorcellerie à 75 personnes au moins en Tanzanie, depuis 2000.

 

Malawi, Mali, Cameroun, Burundi, Congo, Tanzanie, phénomène amplement répandu dans ce pays d’Afrique de l’Est, les albinos sont les fragiles victimes de persécutions morbifiques et incessantes, étant donné la particularité de leur ADN dans la mystique de tradition africaine. Traqués pour leur supposée affiliation ethnique héréditaire à la sorcellerie, ainsi qu’à la magie noire, certaines tribus confèrent aux organes des albinos des vertus magiques et des pouvoirs guérisseurs. « Ainsi peut-on acheter au marché noir des parties de corps d’albinos ». Un génocide reconnu par les autorités et l’opinion internationale, à la source d’un exode massif des albinos africains, demandeurs d’asile politique dans diverses patries de droit.

« Au moins 15 albinos ont été attaqués, enlevés, blessés ou tués dans le pays ces six derniers mois. Ces crimes, qui touchent aussi le Malawi et le Burundi, seraient en recrudescence depuis 2005 », a indiqué le porte-parole du haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville. « Cette pratique criminelle « est ancienne et particulièrement répandue en Tanzanie », constate l’anthropologue et spécialiste de la Tanzanie, Marie-Aude Fouéré (EHESS). « Les albinos ne sont pas les seuls visés. Il y a aussi les vieilles femmes », poursuit-elle. « Ce qui est nouveau, c’est qu’on en parle publiquement. Jusqu’à maintenant, ces pratiques étaient un sujet tabou », note Henri Médard du Centre d’études des mondes africains (Cemaf) ».

 

Photo à la une © asriran-com

 

L’albinisme découle d’une maladie génétique dont l’affection est caractérisée par « une non-pigmentation de la peau, des poils et des cheveux due à l’absence de mélanine, ainsi que par des yeux rouges », indique le blog Anatomia. Du côté de l’association française Genespoir des albinismes, on définit la pathologie sous les traits suivants :

« On parle d’albinisme dès qu’il y a un défaut de production de la mélanine. La mélanine donne sa couleur à notre peau, nos cheveux et nos yeux. Elle protège notre peau des rayons ultraviolets du soleil et elle contribue au développement du système nerveux visuel et de la rétine. L’albinisme donne une apparence particulière à ceux qui en sont atteints, mais ce n’est pas sa principale conséquence. Le défaut de production de la mélanine a plusieurs conséquences possibles : La peau, les cheveux et les yeux peuvent être dépigmentés en partie ou en totalité. Si seuls les yeux sont atteints alors, il s’agit d’un albinisme oculaire, sinon il s’agit d’un albinisme oculocutané ; Les personnes albinos sont malvoyantes, car leur système visuel, en particulier la rétine, s’est développé de manière incorrecte pendant la période fœtale. Ce problème ne peut être corrigé d’aucune façon. »

 

 

« Un fantôme aux pouvoirs magiques »

Meurtres rituels, exhumations illégales, organes et os broyés destinés à muer en potion motion magique pour l’usage des sorciers anthropophages, dans l’optique de rituels destinés à attirer la richesse, ou bien pour (s’)attribuer des pouvoirs occultes. « Certains pensent que faire l’amour avec une albinos permet de guérir du Sida. D’autres croient que manger le sexe d’un albinos donnerait succès, fortune et chance ». Des croyances  régionales, culturelles et spirituelles, extrêmement répandues sur le continent, jusqu’à atteindre les plus hautes marches du pouvoir. En période de campagne électorale, surtout en ce qui concerne l’élection présidentielle, les agressions à l’encontre des albinos augmentent fortement car les candidats sont prêts à tout pour obtenir la victoire, donc une montée en puissance de tous les pouvoirs.

« Les albinos et les enfants jumeaux sont particulièrement visés par ces rites », ajoute Henri Médard au journal La Croix. « Il y a un énorme contexte d’incertitude économique en Tanzanie, la présence d’une jeunesse désœuvrée vivant dans une grande misère. Enfin, l’écart qui sépare les plus riches des plus pauvres est tellement important que cela génère des frustrations de plus en plus vives. Dans ce contexte, tout s’achète car tout se vend », admet Marie-Aude Fouéré (EHESS). Une position simultanément radicale et mystique face à une superstition régionale s’adressant à l’ensemble de strates sociales de la population.#MC

 

Marion Calviera © PAM 2017
CREDITS : Extrait de l’enquête À la folie : Enquête sur les phénomènes hallucinatoires de la réalité ordinaire (volume 1)  © Marion Calviera – Tous droits réservés sous peine de poursuites judiciaires.

 

Photo © Pieter Hugo, Albino Project. Source : Tumblr/Phobs,heh.

 

Sur le même thème :

Money Planet #20: «Le système global est une pieuvre»

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

NEWS

  • Minthé Interview Qui Suis-Je ?   «Une personne sur dix dans notre monde n’a pas accès à l’eau, le plus basique, le plus vital des besoins humains. Une privation que nous, Occidentaux, n’imaginons pas endurer plus de 12 heures consécutives.  Un fait, 663 millions de personnes sur cette planète manquent d’eau. C’est une réalité, une
    Surprise des yeux   Dans une baignoire ou par le biais de ses montages photographiques, l’ancien acteur de film d’horreur, Robert Gligorov, dévoile son monde intérieur, des images exprimant ses fantasmes de mutation.     L’art ne fait qu’imiter la nature   D’origine macédonienne, Robert Gligorov est le Docteur Frankenstein de l’art mutant. Lui aussi

POINT PRESSE

Politique

Economie

Média

L'interview

Money Planet

Les planches du mag

Chroniques de l'Eau