Money Planet #13 : Agriculteurs, le prix de la colère

 

Made in France

Les conditions de travail, le portefeuille et le moral des agriculteurs, vacillent dangereusement.

 

Un nouvel encadrement de la hausse des prix des produits laitiers résulte de vives négociations, cette semaine, entre les différents acteurs des filières agricoles, mais également autour d’un plan de sauvetage minima, arraché à la force du poing par les agriculteurs et leur intarissable colère. Le gouvernement convient d’apporter une aide financière, à court terme, aux éleveurs français. L’État prend conscience de la conjoncture du secteur et annonce « une mobilisation exceptionnelle ».

 

 

Source photo : brightrockmedia.com

Source photo : brightrockmedia.com

 

Spéculations, soumission à des investissements improductifs, obstacle de la compétitivité étrangère notamment l’Allemagne, manque de flexibilité, abus de contrôle financier des filières industrielles, un encadrement de la fixation de la hausse des prix résulte d’un accord soutiré le 17 juin dernier. Pour l’heure, cette nouvelle mesure tarde à s’imposer, d’après les équipes des fédérations agricoles.

 

« Si les agricultrices avaient le même accès aux ressources que les hommes, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde pourrait diminuer de 150 millions. » (Programme Alimentaire Mondial, ONU)

 

Un consensus sur la hausse des prix des produits laitiers (beurre, yaourt, fromage) a été convenu, le 24 juillet, entre les différents acteurs du système. Il induit une revalorisation de 4 centimes par litre de lait, ce qui ne représente qu’un faible impact sur le portefeuille des consommateurs. Cette procédure fait appel à l’effort collectif, « pour quelques centimes d’euros », selon le ministère de l’Agriculture. Elle sera prise en charge par une unité de médiation entre les agriculteurs et les réseaux de distribution. « Un effort demandé pour passer cette crise (…) sur une période difficile », a précisé Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.

 

Changer la règle du jeu

 

L’engagement du gouvernement devrait permettre de soutenir la trésorerie des éleveurs, relancer l’export et optimiser la qualité des investissements autour de quinze points fondamentaux, en accord avec le Crédit Agricole. Un projet de « restructuration des dettes bancaires », ou encore « un nouvel échéancier des cotisations sociales, salariales et patronales », relatives aux différents secteurs frappés de plein fouet par la crise économique, les exigences de l’Europe, et le choc de la mondialisation. Par ailleurs, la création d’un fond de gestion nationale des risques agricoles devrait voir le jour afin de répondre aux lourdes conséquences engendrées par la sécheresse et la canicule, a indiqué une source Le Monde, le 23 juillet.

 

Le gouvernement a également demandé à BpiFrance — prévoyant d’investir 8 milliards d’euros d’ici à 2017 dans les entreprises françaises — un déblocage de 100 millions d’euros destiné aux garanties de prêts « à l’investissement et à la modernisation ».  Une aide complémentaire de 10 millions s’ajoutera à cette somme pour palier aux premières urgences financières.

 

« Les éleveurs Français n’ont plus de revenus. Ils sont incapables de payer leurs échéances bancaires », déplore Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération Nationale Bovine (FNB), l’une des associations spécialisées de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Proches du point de non retour, les agriculteurs ne décolèrent pas depuis le mois de juin, dénonçant une administration « sourde ». Dans un espoir de cohérence économique, l’inflexible réclamation des éleveurs face à l’État, la définition de son nouveau rôle à jouer dans la régulation des grandes chaines industrielles spécialisées — transformation, distribution — laisse désormais entrevoir l’espoir de meilleurs prix de vente, notamment pour les filières bovines et laitières.

 

« Une détresse importante »

 

À la source du mouvement, les éleveurs bovins, rejoints ensuite par les éleveurs de porcs puis de vaches laitières. Après plusieurs consultations entre le président Hollande, Manuel Valls, et Stéphane Le Foll, un plan d’urgence minima destiné à alléger les difficultés de trésorerie des agriculteurs, à court terme, comme échelonner le paiement des charges sociales, patronales, et les impôts des filières les plus fragiles, a été présenté en conseil des ministres cette semaine. « La France doit également prendre ses responsabilités à la hauteur de la gravité de la situation. Un plan de soutien de l’élevage est adopté qui comprend des mesures d’urgence et des outils de moyen terme pour les 200 000 éleveurs français mais aussi les centaines de milliers de salariés qui travaillent dans les filières viandes et produits laitiers », mentionne le compte rendu du Conseil des ministres du 22 juillet 2015.

 

L’affaire de nombreux tourments

 

Blocages des grands axes urbains stratégiques via tracteurs et camions, arrêts ou ralentissements des voies à l’heure des vacances, pour Jean-Yves Heurtin, président départemental FNSEA 14, aucun doute, « la mayonnaise a pris ». Ce dernier a souligné l’impasse et « le désespoir » où s’enfonce la profession en réponse aux actions tardives du gouvernement. « Dès fois, les gens se plaignent quand on discute au bout d’une table, mais ça ne bouge pas. Quand ça monte comme là, c’est que le niveau de détresse est important ». Jean-Luc Cazabat, responsable agricole local (Lyon), analyse logiquement les scènes de violences: « il faut rapidement les aider à changer leurs systèmes pour se tourner vers un modèle durable ».

La somme d’un grand nombre de spéculations compulsives financières, en temps réel, des secteurs industriels et bancaires, greffée sur des normes européennes étouffantes ainsi qu’une crise économique mondiale carabinée, provoque un effet boule de neige sur des esprits tourmentés par une multitude de pressions — comptables, fiscales — et bon nombre d’incertitudes. Depuis fort longtemps, au quotidien, les agriculteurs n’ont plus la main sur leur mode de rémunération. Éreintés, les paysans français ne savent plus combien de temps ils pourront survivre étant donné leur niveau d’endettement. De plus, à ce jour, les éleveurs ne connaissent toujours pas le montant de leurs salaires.

M.C.

 

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« Eure. Agriculteurs en colère, premières images ». Source photo: cameradiagonale.fr

 

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