L’interview confidence : Marian Adreani, «ceux que j’aime»

#Paris

#Photographie

Focus sur le jeune portraitiste professionnel, Marian Adreani, l’esprit vif, le regard si pointu et bienveillant qu’il déborde naturellement d’une humanité authentique. Le photographe nous a ouvert les portes de son intimité artistique quelques jours avant le début du Fotofever – Photography Art Fair, du 14 au 16 novembre au Carrousel du Louvre, et d’une seconde exposition programmée à la Galerie Hegoa (Paris), du 12 février au 21 mars 2015. Propos recueillis par Marion Calviera

 

 

"Je fais les choses comme je vois, je ne veux pas être autre chose que moi-même". Abandonné dès sa naissance en Roumanie (1989), Marian Adréani est adopté en France (1991) où il découvre la photographie à l'âge de treize ans. Le jeune artiste partage aujourd'hui sa vie entre Paris et le sud de la France - Crédits © 

« Je fais les choses comme je les vois, je ne veux pas être autre chose que moi-même ». Abandonné dès sa naissance en Roumanie (1989), Marian Adreani est adopté en France (1991) où il découvre la photographie à l’âge de treize ans. Le jeune artiste partage aujourd’hui sa vie entre Paris et le sud de la France – Photo :  Yannick Fornacciari

 

 

La route est parfois longue mais l’appel d’une destinée peut-être remarquable

 Vie simple, image simple, juste l’essentiel…

 

Adopté à l’âge de deux ans, en s’appropriant une famille imaginaire par le moyen de la photographie, Marian Adreani prend soin de choisir les membres d’une généalogie fictive et éclectique. Son travail a été publié dans Le Monde, L’Officiel, Côte Magazine, et Télérama (entre autres).

« J’appellerai « visage » – je me le permets – tout objet exposé dans un musée, que ce soit une photo, un tableau, une vidéo, une sculpture, un tapis… Ces objets, s’ils sont seulement des ornements construits pour triompher socialement, entrent alors dans la catégorie des masques non initiés. Mais si à travers eux perce la lumière de cette chose inconcevable que l’on appelle Dieu, grâce à l’art intensément objectif de Marian Adreani, ils méritent d’être considérés comme des visages saints, au service de la santé du monde. » (Alejandro Jodorowsky)

 Révéler les traits des anonymes et des célébrités à la lumière naturelle

Jane Birkin, comédienne et chanteuse, Avignon, 2009. Photo © Marian Adreani

Si Alejandro Jodorowsky a personnellement trouvé le temps d’écrire trois pages d’une puissance exceptionnelle pour présenter le travail du photographe – âgé de seulement 24 ans – nous nous sommes dit qu’il était l’heure de partir à la rencontre du jeune talent devenu, un jour, l’enfant au regard d’or. L’interview s’est transformée en dialogues exclusifs, souvent renouvelés. Plus qu’un simple coup de coeur artistique, de cette rencontre nait l’occasion d’une belle complicité. Marian Adreani et People Act Magazine, une affaire à matière… Vérification immédiate.

« Entre les choses, l’invisible se révèle »

Marian Adreani, voyageur de l’invisible, explorateur de lumière – intérieure et extérieure – à l’état naturel. Simple, investie et humble, la quête altruiste du photographe puise sa force dans une volonté de découverte profonde et sensible de l’autre. « Les images sulfureuses sont souvent les plus honnêtes. Les gens se mettent eux-mêmes dans des cases, mon travail consiste à éliminer ces cases ». Quand l’essentiel touche le coeur des âmes, Marian Adreani entend signer son oeuvre d’une griffe personnelle, « hors de la course mondaine ». 

« Je voudrais avoir soixante-dix ans, un jour, pour voir le travail de la vie sur mes traits. »

D’un naturel plutôt calme, réfléchi, un sourire constant perceptible dans une voix chantante à l’accent du sud, le jeune homme préfère les longues soirées entre amis autour d’une bonne table aux sorties extravagantes. Contemplateur, il photographie tout ce qui parait « important » à ses yeux. « Je ne crache pas dans la soupe, bien entendu, mais c’est si simple de glisser vers les méandres de l’argent et du succès (…). J’essaie de rester simple, je photographie les choses comme je les vois, je n’attends pas qu’on me passe commande (…). » Dès l’âge de treize ans, Marian Adreani commence par photographier sa famille, ses amis, puis les inconnus, au grès des rencontres, au détour des rues. Fasciné par les visages anonymes, le portraitiste sait comment capter – d’un regard intuitif, subtil et aimant – l’essence fondamentale capable de rejaillir d’un être « bien au-delà d’une simple image figée, absolue, telle qu’elle se présente ». 

 

L’état brut …

« Je creuse au coeur de l’intimité naturelle, celle qui émane des gens. Je veux entrer à l’intérieur de l’autre. Je peux photographier tout le monde. Personne ne me dégoûte. Mon avis sur l’autre, je le dévoile à travers mes portraits. » 

 

Un jour pas comme les autres, en 2009, le destin se présente sous l’objectif du jeune homme. Marian Adreani est alors âgé de vingt ans. Son idole, Patrice Chéreau,  metteur en scène de théâtre, d’opéra, réalisateur, scénariste de cinéma, et acteur français – décédé en 2013 – se tient là, juste devant lui. « Un hasard, je l’ai rencontré dans la rue ». Il n’en faut pas plus au photographe pour saisir sa chance. Ce dernier n’hésite pas à aborder le cinéaste pour lui témoigner son admiration et lui proposer un shooting photo. Une porte s’ouvre… Patrice Chéreau accepte, « avec amabilité, sincérité et bienveillance », se souvient-il, reconnaissant. Le shooting de l’artiste devient une oeuvre virale, son talent se répercute comme « un effet boule de neige » auprès des personnalités qu’il n’hésite plus à démarcher , « parfois au culot », dans un état d’esprit généreux et spontané, comme cette lettre adressée à Jean-Louis Trintignant.

Patrice Chéreau (2 novembre 1944 – 7 octobre 2013) – Photo © Marian Andreani (2009)

Pedro AlmodovarMarion Cotillard, Lambert Wilson, Daniel Auteuil, Michael Lonsdale, Jean-Claude Carrière, Stéphane Hessel… 

Chaque rencontre se révèle marquante pour ce jeune adulte boulimique de nouvelles expériences artistiques, en quête évidente de sagesse, et de maturité. Parmi les (nombreuses) séances inoubliables du photographe, la série de portraits réalisée dans la demeure de Pierre Bergé, au sud de la France. Secret d’un portrait réussi ? « Question d’agencement… disons que c’est un ensemble de conditions réunies : la lumière, l’environnement, l’atmosphère, ou la disponibilité de la personnalité avec laquelle on travaille. »

« Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev est pour moi l’homme du XXème Siècle. J’aimerais le rencontrer. Grâce à son action, l’Occident a enfin tourné son regard vers l’Europe de l’Est notamment en ce qui concerne les conditions de vie des enfants dans les orphelinats dont je faisais parti. Je lui dois la chance d’être là. Il a changé la face du monde. Avec l’ouverture du rideau de fer – des frontières – j’ai pu être adopté. »

 

« Les gens sont tout sauf ce que l’on imagine d’eux et ça me plait »

« Isabella Rossellini, par exemple, est dotée d’un tempérament sublime », souligne le photographe. « Sa beauté naturelle se révèle authentique, et juste, avec ses petites imprécisions. Une femme bien dans sa peau, fabuleuse ». Ce que l’artiste apprécie par dessus tout chez la star : une certaine intelligence entre le jeu des médias et celui du paysage alternatif. De la marque Lancôme à Blue Velvet, la personnalité d’Isabella Rossellini séduit le photographe friand de « contrastes » et de « grands écarts ».  Du Festival de Cannes au reportage dans un camp de roms, professionnellement, Marian Adreani joue la nuance. « J’ai beaucoup de respect pour le travail de Richard Avedon, capable de démontrer une intelligence subtile en enchaînant des séries de photographies très sophistiquées avec un autre univers, beaucoup plus alternatif, inspiré de ses voyages au coeur de l’Ouest américain. »

Femmes intenses

Un sentiment de confiance, d’intimité, doit s’installer entre le photographe et ses muses. Marian Adreani apprécie les femmes piquantes, indépendantes, passionnées. Son voeu ? Photographier Catherine Deneuve ou Brigitte Bardot. Du rêve à la réalité il n’y a qu’un pas, Béatrice Dalle accepte également de poser pour lui. « Les gens sont tout sauf ce que l’on imagine d’eux et ça me plait. Je garde un beau souvenir de ma collaboration avec Béatrice Dalle : une femme courtoise, polie, sincère – sa qualité principale – mais surtout fidèle à ses convictions ». Marian Adreani ne pourrait jamais devenir un autre que lui-même, le reste n’est pas son souhait. Habité par une force de vie bien visible, le photographe transcende son quotidien « humblement ». « Et ça me va très bien », confirme-t-il (tout sourire).

« Je ne suis ni militant ni sociologue, mes opinions s’expriment par la photo. C’est dur de rester léger par les temps qui courent. Je comprends les personnes qui tendent vers une certaine opacité. Je comprends la déprime mais je veux lutter contre ça. Je veux aller vers la lumière. Soit c’est la lumière soit il n’y a plus de vie. Chez moi, c’est la vie qui gagne. »

 

Une brillante marche vers la connaissance

La lucidité de Gainsbourg, Marian Andreani la comprend sans vouloir céder à la mélancolie. La dépression, l’amertume, la peur du lendemain, les épreuves et autres figures de style imposées par la vie, le photographe – d’une sagesse et d’une maturité fascinante pour son âge – à la destinée excessivement marquée, dépasse les clivages pour ne pas donner raison aux sceptiques. Marian Adreani tâche de poursuivre son chemin vers l’essentiel, sans se retourner. À la dualité intérieure, il a depuis longtemps choisi son camp, celui de l’union et de la collaboration, le regard bienveillant lové dans un recoin du coeur de son prochain, grand homme ou anonyme. Chaque être à l’âme authentique mérite ici son lot de respect et d’attention. « Pour moi la vie est une tragédie ridicule, c’est nietzschéen comme principe, mais je pense qu’en général l’homme perd un temps énorme à essayer d’être ce qu’il n’est pas ». 

En savoir +

 

Flavio, Marseille, 2013 © Marian Adreani

 

Fotofever

Photography Art Fair

 

Carrousel du Louvre

Exposition Marian Adreani

Du 14 au 16 novembre 2014

 

Vernissage de l’exposition le 13 novembre 2014 à partir de 19 heures (uniquement sur invitation)

Marian Adreani‎, Exposition Marian Adreani Fotofever au Carrousel du Louvre (Paris).

Exposition Marian Adreani Fotofever au Carrousel du Louvre (Paris).

 

Le Carrousel du Louvre

99, rue de Rivoli

75001 – Paris

 

Métro Palais Royal

Musée du Louvre

 

Coordonnées GPS :

Latitude : 48,855159

Longitude : 2,361385

Tél : 01 43 16 47 10

 

Renseignements/Contacts

 

Marian Adreani

marian-adreani@hotmail.fr

www.marian-adreani.com

 

Fotofever

Nathalie Dran

nathalie.dran@wanadoo.fr

 

Marian Adreani est représenté par la Galerie Hegoa à Paris 

Une seconde exposition du photographe y est prévue 

Du 12 février au 21 mars 2015

 

Galerie Hegoa

Nathalie Atlan Landaburu

contact@galeriehegoa.com

Toutes les photographies reproduites dans ce document
sont des créations originales de Marian ADREANI.
Tous droits réservés

#PAM

 

Portrait réalisé par Marion Calviera

© PAM (2014)



style= »display:inline-block;width:728px;height:90px »
data-ad-client= »ca-pub-6502705470778435″
data-ad-slot= »6189987506″>

NEWS

  • Minthé Interview Qui Suis-Je ?   «Une personne sur dix dans notre monde n’a pas accès à l’eau, le plus basique, le plus vital des besoins humains. Une privation que nous, Occidentaux, n’imaginons pas endurer plus de 12 heures consécutives.  Un fait, 663 millions de personnes sur cette planète manquent d’eau. C’est une réalité, une
    Surprise des yeux   Dans une baignoire ou par le biais de ses montages photographiques, l’ancien acteur de film d’horreur, Robert Gligorov, dévoile son monde intérieur, des images exprimant ses fantasmes de mutation.     L’art ne fait qu’imiter la nature   D’origine macédonienne, Robert Gligorov est le Docteur Frankenstein de l’art mutant. Lui aussi

POINT PRESSE

Politique

Economie

Média

L'interview

Money Planet

Les planches du mag

Chroniques de l'Eau