Les 10 photos de la semaine : Oman par Margaux Aubin

Margaux Aubin, artiste pluridisciplinaire, plasticienne, performeuse, ex photographe FEMEN, activiste humaniste et féministe, est l’invitée de People Act Magazine pour une session nomade. Rencontre par Marion Calviera

 

#1. Disused Buildings 2012 © Margaux Aubin

#1. Disused Buildings 2012 © Margaux Aubin

 

Focus sur la série de photographies Disused Buildings réalisée par Margaux Aubin au coeur du Sultanat d’Oman, en 2012. Une monarchie indépendante depuis le milieu du XVIIIe siècle située au Moyen-Orient, au sud de la péninsule d’Arabie, sur les bords du golfe d’Oman et de la mer d’Arabie. Pays limitrophes: les Émirats arabes unis (nord), l’Arabie saoudite (ouest) et le Yémen (sud-ouest). L’économie du pays est particulièrement dépendante de l’extraction du pétrole.

 

 

Carte du Moyent-Orient, source: le-lutin-savant.com

Carte du Moyen-Orient, source: le-lutin-savant.com

 

Margaux Aubin est parvenue à dédier trois ou quatre journées par semaine à des shootings dans les immeubles abandonnés du Sultanat d’Oman à l’occasion un séjour d’un mois, entrecoupé de mésaventures et d’un accident de voiture l’immobilisant pendant près d’une semaine. Un voyage à ses risques et périls.

 

«Les omanais étaient un peuple bédouin avant de découvrir le pétrole, leur passé est dans le désert, pas dans la pierre.» (M.A.)

 

Immeubles délabrés, squattés par une jeunesse en quête d’amour, de liberté, de sensations fortes, où par des immigrés clandestins, âme du vide, «lieux de dissimulation», la jeune femme s’est retrouvée seule face à une autre réalité dans un pays où l’islam ibadite, religion de la famille royale, s’impose comme la religion dominante. Une branche de l’islam souvent rapprochée du kharidjisme, «ce qui en fait le seul pays musulman dont le courant dominant n’est ni le sunnisme ni le chiisme.»

«J’étais dans un appartement de travailleurs indiens (musulman et hindou), 3 hommes d’une trentaine d’année qui ne se connaissaient pas avant d’emménager ensemble dans un appartement de fonction», explique Margaux. «25% de la population est composée d’expatriés, beaucoup d’indiennes travaillent. Elles sont hindous, si elles étaient dans l’obligation de porter le voile, elle ne viendraient pas travailler. Les immigrés représentent une main d’œuvre très importante pour le fonctionnement du pays», confie-t-elle. «En revanche, je n’ai jamais vu une seule omanaise ne pas porter la tenue traditionnelle des femmes de leur branche islamique.»

 

«En tant que religion polygame, il n’est pas rare de croiser un homme accompagné par deux ou trois femmes.» (M.A.)

 

La situation sociale est donc un peu particulière étant donné que les lois pour les travailleuses immigrées et les omanaises paraissent, à première vue, différentes. Il règne donc une certaine tolérance. Les zones culturelles et touristiques internationales sont regroupées de manière à ce que les touristes soient tenus à l’écart d’une facette d’Oman plus rigide. «Ils construisent des hôtels barricadés pour les occidentaux avec piscine et tout le confort nécessaire pour que les femmes ne soient pas indisposées par le port du voile, ou les lois en rapport avec la nudité, à l’extérieur de ces zones.»

 

«Pendant les shootings, je sentais que j’étais observée, je faisais très attention de ne pas être vue… (…)» (M.A.)

 

«Je faisais très attention de ne pas être vue car j’étais la petite blanche occidentale qui trainait dans des lieux improbables. Au bout d’un certain temps, j’étais très mal à l’aise, disons, d’une façon très inquiétante. Un jour, j’ai senti des yeux m’observer dans une voiture aux vitres teintées à l’arrêt, et puis des hommes ont commencé à me suivre à pieds. Je ne me suis pas laissée faire et puis ça reste une anecdote de voyage. Mais j’ai senti qu’il fallait stopper mes escapades artistiques sur le champ», explique-t-elle. «Oman est entrainé dans une mécanique de destruction/reconstruction constante au nom d’une modernité architecturale.»

 

 

«À Oman, la durée de vie officielle d’un immeuble est de 25 ans. Les habitants sont délogés d’un appartement à l’autre à titre de développement de même qu’au nom d’une «modernité» architecturale, un terme cohérent, à mon avis, étant donné qu’ils n’ont presque pas de «patrimoine» architectural, au sens propre du terme. Les omanais étaient un peuple bédouin avant de découvrir le pétrole, leur passé réside dans le désert, pas dans la pierre.» (M.A.)

 

Autour des immeubles fantômes, la vie de quartier continue d’être animée, des commerces sont installés et les résidences autour sont habitées. Parmi la poussière et les débris, dans ces immeubles vides, il règne parfois «une ambiance assez malsaine». Ici, le temps se fige. La nomade solitaire est portée par l’appel d’un humanisme spontané et l’inspiration née de lieux intemporels, où les traces du passé constituent un témoignage éphémère de l’instant présent, avant une destruction volontaire de ces ruines fantômes vers la reconstruction cyclique d’un patrimoine moderne (25 ans) sur ordre de la famille royale.

«À Oman, les gens n’ont rien. La conception des villes, l’urbanisme, l’environnement ou la voirie ? Un concept abstrait pour ne pas dire archaïque. Les autoroutes traversent les villes et les montagnes sans aucune cohérence. La région est un désastre écologique», observe Margaux, dubitative. Au niveau de l’environnement et de l’urbanisme, la politique du Sultanat d’Oman s’engage désormais au respect des richesses naturelles et culturelles, au développement de la lutte contre la pollution, ainsi qu’à la protection des nombreuses espèces d’animaux sauvages par la création de parcs et de réserves naturelles. «Mascate, fait preuve d’un urbanisme aéré, d’une grande propreté et d’une architecture moderne, tout en respectant les formes traditionnelles de l’Orient», a indiqué l’office du tourisme de la capitale.

Un projet d’urbanisation des villes anciennes comme Nizwa, Sur, Buraimi, Rustaq, ou Ibri, conduit à une modernisation des routes et des lieux communs (éclairages, parkings, jardins) en préservant leur caractère historique, selon les autorités officielles.

 

margaux-aubain

© Margaux Aubin

 

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Propos recueillis par Marion Calviera

© PAM 2013-2017

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