L’interview: Steph Cop, artiste à l’état brut

Ses lignes sont épurées, ses courbes tranchées et sa matière organique. Son nom: Wooden Aro. Un art toy en bois reproduit de façon obsessionnelle par son créateur.

 

Le «Victor Frankenstein» d’Aro s’appelle Steph Cop. Un artiste aux cicatrices semblables à la matière qu’il dompte à l’aide d’une tronçonneuse dans les paisibles forêts de son Morvan natal. Issu des débuts de la scène old school graffiti parisienne, il transmet son art dans une interview à fleur de peau.

 

 

 

«Les mots ne sont pas mon langage je préfère parler en silence. Je ne sais pas m’exprimer autrement que par le biais d’Aro». A 46 ans, Steph Cop a enfin trouvé son dialecte. Des sculptures en bois représentant un Art Toy, une projection directe de son fondateur. Il aura pourtant fallu plus de 20 ans pour qu’il trouve sa voi(e)x.

 

Steph Cop fut l’un des premiers activistes du mouvement graffiti français avec son groupe «Control of Paris», composé entre autre de Joey Starr et Meo, où l’action la plus illustre a été de recouvrir les palissades de la Pyramide du Louvre lors de sa construction en 1986. «Cela fait parti de ma vie d’ado, j’ai fait ça comme un jeu avec quelques belles rencontres qui m’ont permis de me construire. Le graffiti a été 10 ans de mon existence, c’est une virgule», confie Steph Cop. Autre parenthèse dans le passé de l’artiste, son expérience en tant que chef d’entreprise. En 1992, il participe à la création d’un mouvement : le «streetwear» avec les marques Homecore, Ladysoul et Graphik Dzign. Le streetwear, un mot «galvaudé» selon Steph : «On a fait des vêtement à l’époque qu’on devait porter nous-même avant de les vendre. Ma vie professionnelle, qui a tourné autour du textile et des logos, c’était une vraie concession. Ce n’était pas mon rêve. C’est devenu vite trop sérieux. Je n’avais aucun épanouissement malgré le succès relatif».

En 1998, Steph commence l’ébauche de ce qui sera son épanouissement artistique. En créant les Imaginary Friends, Aro prend enfin vie en vinyle et en résine dans le monde des Art Toys. Pour arriver à sa forme biologique épurée  d’aujourd’hui : le Wooden Aro, Steph Cop s’isole depuis 2007 dans le Morvan. «Après avoir été confronté a différents médiums et passé du temps sur les maquettes d’Aro, j’avais envie de passer à autre chose. Quand je me suis me suis retrouvé dans les forets du Morvan, c’était naturel. Aro est la genèse de tout mon travail».

 

 «Faire Aro est un besoin. Je me laisse aller à sculpter, à comprendre l’arbre, à trouver ses failles et voir le caractère que va prendre la sculpture».

 

 

ARO : mode opératoire 

A.R.O signifie Analyse Reflexe Obsessionnelle. C’est en effet bien l’obsession qui caractérise le travail de l’artiste. «Je pense avoir énormément d’obsessions. Aujourd’hui mon obsession c’est le prochain projet. Le nombre d’heures que je vais lui consacrer et qui prendra tout mon temps». Environ 80 sculptures en bois plus tard depuis sa naissance organique, la technique de l’artiste est affutée. Le mode opératoire ? Une tronçonneuse. «C’est une prolongation du cerveau et de mon bras. Je ne l’utilise pas comme un bucheron. Je sculpte avec la machine». Un outil «lourd et fatiguant», dont il a oublié au fil du temps le bruit pour une utilisation machinale.

Tel un Geppetto des temps modernes, il décrit : «Je suis celui qui va donner vie à Aro et redonner vie à une partie de l’arbre». La démarche est en effet écologique. Steph Cop part à la recherche d’arbres morts abimés ou inutilisés. Un respect pour la matière qui se transforme en «émotion dans la recherche de l’arbre et du Aro qui est dedans». Les irrégularités du matériau sont ainsi mises en valeur permettant aux sculptures d’être singulières malgré le prime abord d’une apparence semblable.

 

PAM: Qui est Aro ? Steph Cop : Aro c’est un peu chacun de nous. Ce qui est touchant, c’est les gens qui vont trouver leur Aro. PAM: Qui est Steph Cop ? Steph Cop : C’est le trait d’union entre l’arbre et Aro.

 

Aro est l’autoportrait de l’artiste «ça m’a aidé à construire une partie de ce que j’étais, à comprendre l’individu et l’artiste». Au point de s’effacer devant son obsession en bois : «Aro doit prendre toute la place. Et j’espère qu’il prendra une plus grande place encore. (…) Je suis content de m’oublier devant Aro. Il n’est pas indispensable qu’on comprenne qui je suis. L’important, c’est l’œuvre». Au delà de la qualité graphique des sculptures, le travail de Steph Cop enchante les collectionneurs privés et les collections publiques par l’émotion qui se dégage de chaque pièce. Les cicatrices de l’homme, de l’enfant qu’il aimerait être, et les cicatrices du bois se conjuguent : «Aujourd’hui je suis heureux de sculpter. Même si ça réveille des émotions très différentes. On soigne ses névroses, les noirceurs affutées ressortent. Mais j’ai ce besoin de me confronter avec le bois, l’arbre. Ca fait parti de mon équilibre psychique. C’est forcément une thérapie et une partie de mes failles et de mes faiblesses que je soigne, mais il y une partie heureuse aussi. C’est un exutoire».

 

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© PAM 2016

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