La peopolisation des politiques met-elle fin à la démocratie ?

#Peopolisation, un mot aujourd’hui employé par les différents médias et réseaux de l’information. Mais que désigne réellement ce terme ? Quelle(s) conséquence(s) face à cette nouvelle matrice des coulisses du pouvoir sur notre société ? Enquête par Mathilde Dandeu

 

 

Photo © Reference.com

 

Selon le dictionnaire Larousse, la peopolisation ou pipolisation est la « médiation, souvent perçue comme pernicieuse, de personnes, d’institutions étrangères au monde du spectacle ». Autrement dit, le fait de mettre en avant des personnes de pouvoir, d’influence, les politiques, par exemple, en étalant leur vie privée dans la presse.

 

Apparu dans les années 1950, les politiciens français, suivent alors ce modèle comme les américains afin de prouver qu’ils sont capables de gouverner un pays. Ils sortent leurs « armes émotionnelles » et mettent en scène leurs enfants, leur conjoint qui font le bonheur des médias qui ne cherchent qu’à médiatiser sans en comprendre les enjeux. En 2000, c’est l’expansion de ce phénomène. Les politiques ne se cachent plus, ils font la Une des magazines. À l’approche de l’élection présidentielle, une médiatisation accrue se tourne vers les ténors: émissions, sondages, portraits, tout est bon pour mettre en avant leur vie privée, jusqu’à faire oublier leur véritable fonction qui est celle de futur président. Ce qui nous amène à nous demander si les citoyens sont toujours libres du choix politique dans une société qui se veut démocratique ? Les électeurs laissent-ils influencer par les médias ? — Offrant une nouvelle image à l’homme politique, celle d’une star (parfois maladroite) dont le job depuis quelques années consiste, entre autres, à poser pour les tabloïds.

 

 

La perversion des médias par différents outils

Selon François Henri De Virieu (1931-1997) journaliste Français, la télévision est l’un des médias qui est le plus puissant pour pervertir et donner une fausse image de la démocratie. C’est pour lui comme une arène qui favorise le débat politique pour prendre à partie l’opinion publique. Nous sommes dans une société où les médias dominent et peuvent faire croire ce qu’ils veulent aux gens, avec des émissions de télé réalité mettant en scène l’homme politique. Mais la télévision n’est pas la seule fautive, l’homme politique fait aussi les unes des magazines people tels que Voici, Gala, Closer.  Le maître de ces couvertures, est notre ancien président Nicolas Sarkozy que l’on voit en vacances avec sa famille. Les sondages, nés dans les années 1930, délivrent un impact très important sur le choix des votes.

Les sondages permettent de choisir, les candidats passibles de la plus forte audience apparaissent comme les leaders aux yeux des médias, bankable, éligibles, présidentiables, donc mis en avant. L’exemple, récemment, avec les cas Alain Juppé et François Fillon — deux candidats en tête des sondages qui ont effacé leurs adversaires, néanmoins métamorphosés en fantômes, après un excès de zèle, par le biais des récentes révélations médiatiques.

Ce phénomène réapparaît avec Emmanuel Macron annonçant une candidature ovni, à la fois flamboyante et ambiguë. Sous les feux de la rampe, le vent poupe dans les sondages prédisant sa victoire, probablement face à Marine Le Pen. Sondages primordiaux pour le politique, qui va pouvoir pendant sa campagne connaître le ressenti des citoyens, vis-à-vis de l’image et d’un programme électoral. Un moyen de modifier leurs discours,  dire ce que les gens ont envie d’entendre. Le XXIième siècle est un cercle vicieux de manipulation, de désinformation et de propagande. Un discours réfléchit et construit en fonction du peuple, en fonction de ce que les électeurs désirent entendre, pour espérer la victoire. Mais aussi une stratégie qui noie l’homme politique, homo politicus par excellence, aujourd’hui fragilisé par les pièges et  les lois du nouveau système. Interdépendance toxique ? Finalement, l’homme d’État n’est pas plus libre que le citoyen de ses paroles ou de ses actions. Les hommes politiques disposent initialement du libre-arbitre, favorable (ou pas) à une médiatisation extrême. Toutefois, lorsqu’un scandale privé éclate, sans autorisation ni preuve préalable, les médias — déontologiquement engagés via une affiliation à la Charte de Munich (1971) par la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes —, peuvent également être jugés devant un  tribunal. En France, la peopolisation est un outil de pouvoir, une stratégie, histoire de confondre les gens dans leur choix.

 

L’enjeu de la peopolisation politique sur les citoyens

Nous vivons dans une société qui pousse les gens à voter contre quelqu’un et non plus pour quelqu’un. On vote  pour l’homme attendrissant dont la petite vie parait proche de la notre, où nos difficultés quotidiennes semblent entendues, comprises. Mensonge, manipulation, lot quotidien de la politique, aux acteurs omnibulés par la présence des médias, par leur image; assurés de ce qu’ils peuvent faire croire et paraître aux électeurs. On conditionne les cerveaux des téléspectateurs. La démocratie s’efface car l’hyperprésence politique suggérée ne laisse plus la place à aucun choix. Saturation du système ?

Prenons l’exemple de l’émission de Karine Le Marchand, « Ambition Intime », nous sommes dans l’image même de la peopolisation qui cherche à émouvoir le téléspectateur. On ne voit plus l’homme politique, mais seulement l’homme en tant que père ou mère de famille, avec ses problèmes. C’est cette authenticité des témoignages, que l’émission construit en une seule parole, pour que l’opinion de l’information soit la même pour les gens et qu’ils pensent, selon le principe d’objectivité imposé à la presse. On ne se focalise que sur ce qu’on voit et entend. On oublie que d’autres personnes se présentent avec un programme peut être plus ambitieux, à qui les médias tournent le dos. Les sondages utilisés par les médias indiquent une arme d’influence des individus, quitte à suivre le mouvement de foule jusqu’à renier ses propres convictions.

 

Clash entre Karine Le Marchand et Patrick Cohen à propos de Marine Le Pen grosse tension

Patrick Cohen accuse Karine Le Marchand d’avoir  » copiné  » avec Marine Le Pen CLASH, grosse tension. ‘Pour l’animatrice, « c’était une évidence d’inviter Marine Le Pen et de l’interviewer comme les autres » dans le cadre de l’émission qui a pour but de « de faire le portrait d’une personnalité pour mieux la comprendre », et pour laquelle la femme de télévision s’est entretenue avec les candidats aux prochaines primaires ou à l’élection présidentielle. » Source vidéo © Youtube/1tempsdavance2060

 

En effet les sondages ont plusieurs impacts : ils peuvent jouer sur les sentiments que l’électeur va ressentir à l’égard d’un candidat par sa médiatisation à la télé, dans les journaux et à la radio. Le sondage peut jouer un rôle de compassion. Si certains citoyens se trouvent manipulés par les médias, et non libres de leur choix dans une société où la démocratie est reine, certains ne se laisseront pas influencer. Une étude menée par Lazarsfeld en 1944 « The people’s choice », montre l’impact des médias sur les individus lors de la campagne de Roosvelt — largement couverte par la radio. Les résultats de l’enquête concluent que les médias prodiguent des effets limités sur les décisions de votes. Le vote est une expérience de groupe, on vote comme son environnement; des citoyens indécis sur leur choix, soumis aux médias. Cependant, les médias renforceraient plus les opinions qu’ils ne les transformeraient. Un petit espoir d’envisager que certains aspects de la démocratie restent toujours présents en France.

 

La peopolisation à l’étranger

Chez nos voisins Allemands, Britanniques, voire outre-Atlantique, côté USA, la peopolisation n’est pas tout a fait la même, le protocole comporte des subtilités. Les droits, les histoires et les mœurs sont différents, en ce qui concerne le statut juridique de la vie privée des hommes politiques. Depuis bien longtemps, au Royaume-Uni, les politiciens sont médiatisés, un pays où la réglementation de la vie privée n’existe pas. Les médias attaquent sans relâche et n’hésitent pas à dévoiler les plus gros scandales. Les hommes politiques Britanniques ne se plaignent pas de ce système. Ils aiment que l’on parle d’eux; cela permet de prodiguer, selon les observateurs, un effet proche des citoyens. Cette peopolisation au Royaume-Uni est un argument de vote fondamental: si un homme politique ne veut pas dévoiler sa vie privée, c’est un menteur, un signe de mauvaise augure indiquant que le candidat à l’élection camoufle probablement des stratégies, ou bien des actions qui pourraient nuire, à terme, à la Nation. Les citoyens britanniques considèrent cette attitude comme un risque élevé de trahison, en vue d’une accession aux plus hautes marches du pouvoir.

 

Être avant de paraître: Aux États-Unis, le système est semblable au Royaume-Uni. Les médias s’emparent de toutes les affaires des hommes politiques, avec ou sans leur consentement, en vue de dévoiler tous leurs secrets. Les médias sont ici notoirement considérés comme le quatrième pouvoir. Les politiciens américains se comportent — face caméra — telles des personnes irréprochables; des gardiens de la valeur morale devant la presse internationale. Un comportement que l’on peut alors juger opaque, faussé; car le scénario du jeu politique indique plutôt une convention mentale, une simple image transmise aux électeurs Américains de leurs politiciens, non ce qu’ils incarnent réellement, dans la profondeur de leurs intentions.

 

Fidèle à sa réputation, l’Allemagne, en revanche, est beaucoup plus stricte. La vie privée et la vie publique symbolisent deux univers bien distincts; la vie privée appartient au domaine intime. Les gens se moquent de ce que leurs politiques peuvent faire chez eux, ils ne cherchent pas la proximité mais un pouvoir structuré pour un fonctionnement rationnel du pays. Rares sont les unes affichant Angela Merkel, femme d’État, citoyenne-responsable, comme tout le monde, non une « Star-Présidente ». Les médias allemands entendent rester relativement discrets — la presse n’est pas du genre à déraper, ni à se faufiler entre la chancelière et sa vie privée — privilégiant un focus sur le programme électoral, sur les actions effectives, issues d’une vision réaliste et stable de la société, d’un budget respecté; malgré une ère d’austérité économique persistante ou encore l’application de règles financières (voire sécuritaires) discutables au sein de l’UE, selon le point de vue de certains pays amis et/ou partenaires.

 

L’Enquête par Mathilde Dandeu La peopolisation des politiques met-elle fin à la démocratie ?

© People Act 2017

 

En savoir +

Témoignages : Peopolisation des réseaux politiques (2)

À la suite de l’enquête « La peopolisation des politiques met-elle fin à la démocratie ?« , publiée le 26 février, focus sur l’avis des citoyens. Témoignages.

 

Sur le même thème:

Journalistes et politiques: même combat… ou pas ? Par Marion Calviera

 

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