L’interview SOS : Amnesty International met en garde le Japon

#Interviewsos

 

Entretien avec Anne Denis, responsable de la commission «Abolition de la peine de mort» pour Amnesty International dans le cadre de la Journée mondiale contre la peine de mort 2014. Amnesty International et la Coalition mondiale contre la peine de mort tirent la sonnette d’alarme autour de ce supplice imposé aux individus souffrant de troubles mentaux ou de déficience mentale. Dans le collimateur actif d’Amnesty International concernant cette pratique, le Japon. Rencontre.

 

Une execution à l'arme à feu. (DR)

Exécution à l’arme à feu. (DR)

 

Répandue dans plusieurs pays africains, en Chine, ou encore dans plusieurs états des Etats-Unis, la peine de mort n’est pas si médiatisée en ce qui concerne le Japon.

 

Des normes internationales bafouées

 

« Dans le monde, des pays continuent de condamner à mort et d’exécuter des personnes souffrant d’un handicap mental ou intellectuel, en violation des normes internationales », dénonce Amnesty International. L’association de défense des droits de l’Homme s’appuie sur les normes internationales interdisant de condamner à mort les handicapés mentaux. Obligation souvent contournée.

Parmi les cas les plus tragiques, on recense notamment, au Pakistan, le cas de Mohammad Asghar, qui s’est vu diagnostiquer une schizophrénie paranoïde au Royaume-Uni, en 2010, parti s’installer au Pakistan où il est reconnu coupable de « blasphème », en 2014, puis condamné à mort.

 

Entretien avec Anne Denis, responsable de la commission « abolition de la peine de mort » chez Amnesty International

 

« Nous continuons d’observer beaucoup de problèmes en Arabie-Saoudite, en Irak, aux Etats-Unis, où trois exécutions ont d’ailleurs été particulièrement ratées. Le Japon, allègrement, continue à exécuter. »

 

Le Japon connaît une recrudescence des exécutions de détenus, dénoncée par Amnesty International. (DR)

Le Japon connaît une recrudescence des exécutions de détenus, dénoncée par Amnesty International. (DR)

 

People Act Magazine : Qu’en est-il de la peine de mort aujourd’hui dans le monde, en quelques mots ?

Anne Denis : Nous continuons d’observer beaucoup de problèmes en Arabie-Saoudite, en Irak, aux Etats-Unis, où trois exécutions ont d’ailleurs été particulièrement ratées. Le Japon, allègrement, continue à exécuter. Le Premier ministre, et la nouvelle ministre de la Justice, Midori Matsushima, nommée en septembre dernier, s’affichent ouvertement en faveur de la peine de mort. Les déclarations récentes de la ministre laissent à penser que de nombreuses exécutions vont avoir lieu prochainement.

PAM : Pourquoi avoir choisi de parler essentiellement du Japon ?

AD : Le thème de cette 12e journée pour l’abolition de la peine de mort est la santé mentale. C’est pourquoi nous nous concentrons sur le Japon. Dans ce pays, les conditions de détention sont telles qu’elles engendrent, en général, des troubles mentaux profonds. Nous pouvons prendre l’exemple de Hakamada Iwao, 78 ans, qui a passé plus de 45 ans dans le quartier des condamnés à mort. Il a développé des troubles mentaux très importants. Il est récemment sorti de prison après qu’un juge lui ait accordé une révision de son procès. Nous disposons de plusieurs exemples de personnes enfermées dans le « couloir de la mort », depuis des années, souffrant de graves maladies mentales.

Matusmoto Kenji se trouve dans le quartier des condamnés à mort pour meurtre, depuis 1993. Il est susceptible d’être exécuté à tout moment. Il souffre d’une maladie mentale en raison d’un empoisonnement au mercure (maladie de Minamata). Il serait paranoïaque, et incohérent, en raison de troubles mentaux qu’il a développés durant son incarcération dans le couloir de la mort. Au Japon, les exécutions sont secrètes. Les condamnés sont informés de leur exécution le jour-même : chaque jour peut être le dernier. Les conditions de détention sont épouvantables : interdiction formelle de parler aux autres condamnés, ils sont très souvent à l’isolement, sortent de leur cellule uniquement pour la douche. Sinon, ils sont confinés dans une cellule dans laquelle ils n’ont pas le droit de bouger. Ils reçoivent très peu de visites et n’ont que de brefs contacts avec leurs avocats, ou leur famille. Tout ceci engendre des troubles psychologiques importants.

PAM : Certaines personnes font-elles front contre ces méthodes ?

AD : Il y a des courants abolitionistes au Japon. Problème, la ministre de la Justice pense que les Japonais sont unanimement pour la peine de mort. Effectivement, lorsqu’on procède à un sondage, cette opinion populaire ressort. En fait, le peuple ne connaît rien de la réalité des méthodes employées, des conditions de détention dans les quartiers de condamnés à mort. Nous voulons plus de transparence pour que les gens sachent ce qui se passe. Il y aura sûrement beaucoup moins de personnes en faveur de la peine de mort. De toute manière, les décisions de condamnations à la peine de mort ne se font jamais avec l’accord de la population…

PAM : Combien de personnes sont exécutées chaque année au Japon ?

AD : Ce ne sont pas des chiffres énormes : huit en 2013, trois sur les neuf premiers mois en 2014… Ces chiffres ne font pas du Japon une grande nation exécutrice. Le problème vient du fait que le Japon est l’un des grands pays du G8. Ce que l’on observe dans certains pays du Moyen-Orient, sous couvert de la loi islamique, on ne peut le comprendre dans un pays comme le Japon. La question de l’abolition de la peine de mort n’y est même pas posée. Cela doit cesser.

PAM : Quel pays obtient le triste record du nombre d’exécutions ?

AD : Toujours la Chine. Ces chiffres sont classés « secret d’État », mais on estime le nombre de condamnations à mort à plusieurs milliers, chaque année. Il semblerait que les chiffres soient légèrement en baisse. Il faut lever le secret, instaurer plus de transparence. On observe des manifestations publiques lors de certains procès en Chine. Cela prouve que la population n’est pas si favorable à la peine de mort.

 

© PAM (2014)

 

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