John Bardakos: L’interview 3.14, «Lettre au Greco»

◊ Esprits libres ◊

 

 

Le mathématicien, réalisateur, dessinateur et artiste technologique, John Bardakos (Grèce), Université Paris VIII Vincennes – Saint-Denis & Athens School of Fine Arts, invité du numéro spécial printemps 2017. Par Marion Calviera

 

«Mon travail est une combinaison entre art, mathématiques, narration et philosophie. J’ai tendance à unir, à mélanger, ensemble, ces trois disciplines (…)» (John (Iannis) Bardakos, Art, Direction & Recherche). Photo © JBardakos

 

«Tout ce qui existe ne représente qu’une simulation». Pour John Bardakos, quarante ans, la quête est longue, lumineuse et inversement, parfois troublée. L’univers de l’hyperabstraction symbolise un espace complexe. Un texte mathématique n’est pas forcément logique mais il définit cependant un langage. Il est en conséquence aujourd’hui possible de visualiser une narration irrationnelle. Pour ce traqueur de dimensions invisibles, «même les nombres irrationnels sont présents dans les mathématiques». Immersion au cœur de l’univers à la fois ancestral et contemporain de la réalité polymorphe.

 

 

Pour cet esprit libre, éveillé cartésien, artiste fondamentaliste, au cœur de l’hyperabstraction, rien d’impossible. Mathématicien diplômé, ancien chef d’entreprise, directeur artistique et réalisateur, en Grèce, dans le secteur audiovisuel, l’univers du film et celui de la publicité, il parvient à affronter les méandres de la crise, de 2009 à 2014, histoire de préserver son équipe de travail et sa société des ravages de l’austérité. Génialement habité, doté d’une élégance intellectuelle à toute épreuve, d’une volonté de fer implacable; calme, confiant, à l’écoute, rationnel, l’artiste définitivement inclassable allie intuition, discernement et équilibre. Résultat, John Bardakos incarne une personnalité intégrée à l’âme insoumise — traduire une énergie détonante. Plus qu’une planète, la dimension Bardakos s’appréhende telle une galaxie. Autant d’efforts déployés dans le but d’observer, d’encoder, décoder, suggérer, esthétiquement, structurellement, scientifiquement et métaphysiquement, les espaces invisibles issus d’une réalité non ordinaire.

 

«J’ai commencé avec l’essence de la mathématique à l’Université d’Athènes, j’ai décidé parallèlement de suivre des études en Arts Appliqués comme, par exemple, la bande dessinée, l’illustration… des domaines plus connectés avec mon univers créatif. En même temps, j’ai toujours été très attiré par l’aspect abstrait des mathématiques, c’est ce que je comprends aujourd’hui de mon chemin et de moi-même; un attrait évident pour l’abstraction (…)». Non l’aspect spécifique des nombres ou leur rationalité, plutôt leur logique. Car l’abstrait comporte, selon John Bardakos, un pôle logique et un pôle illogique: «J’aime l’aspect hors norme des choses, j’ai besoin de trouver tout ce qui se cache derrière la face visible de la mathématique. Ce qu’elle révèle… (…)».

Une brillante carrière s’ouvre alors sous ses pas: film, publicité, audiovisuel… Malheureusement, le tableau se noircit peu à peu, étant donné la période: «Entre 2009 et 2010, en Grèce, durant les premières années de la crise, j’ai connu quelques difficultés économiques, finalement pas si énormes. Nos clients et annonceurs ont, en premier lieu, éliminé les grandes productions, avec des acteurs et de grands décors, par exemple. Les budgets se sont concentrés vers de petites équipes telles que la nôtre. Donc nous avons survécu, c’était en général une époque où les domaines de la production et de la publicité préféraient faire appel à des contrats free-lance ou bien à un studio d’animation, et j’avais une petite entreprise constituée de six personnes, tout cela restait moins cher pour eux. On peut même admettre que c’était une bonne période économiquement pour nous (…)».

 

Illustration © John Bardakos

 

Si le chef d’entreprise tient le cap malgré l’orage, son désir d’exploration des voies de la créativité comportait toutefois de nombreuses contraintes commerciales que l’artiste souhaitait dépasser pour mieux cerner son art, ou encore le sens de sa recherche. Une nécessité liée à sa propre évolution, du visible à l’invisible, du rationnel au subjectif, tel un appel intuitif vers un besoin inné, celui de créer de nouveaux espaces à combler. En tant qu’artiste-mathématicien, John Bardakos ressent qu’il doit aller plus loin encore dans son étude de la face cachée des nombres, et ce, malgré tous les changements ou les nouvelles situations que cela impliquera dans sa vie. Pari tenu, «je suis sorti des contraintes créatives grâce au film d’animation, des réalisations plus personnelles, j’ai trouvé une solution de financement via la télévision publique grecque, jusqu’à sa fermeture pour faillite nationale.»

En naviguant sur le net pour élargir son horizon, John Bardakos est capté par une offre de recherche universitaire, entre l’École des Beaux-Arts d’Athènes et l’Université Paris 8: «Le titre indiquait Art & Réalité Virtuelle, j’ai été convaincu principalement par l’idée de reprendre des études académiques, après les mathématiques et les deux écoles d’animations en Arts Appliqués dans lesquelles j’ai étudié, entre Madrid (une année) et Athènes (trois ans). Des années durant, j’ai étudié parallèlement à mes activités professionnelles, coté graphisme, illustration et film d’animation pour les USA — notamment les productions de la Paramount ainsi que dans différents pays en Europe (…). Mon attirance spécifique pour le domaine de la réalité virtuelle s’est en fait précisée durant le Master (…)».

Le Master franco-hellénique poursuivit par l’artiste comportait initialement deux années d’études dont une à Athènes, l’autre à Paris. Le cadre de l’étude portait vers des publications dans le domaine de la recherche autour de la réalité virtuelle, notamment entre 2013 et 2014. «Je voulais sortir de ma zone de confort et par ailleurs enseigner mes connaissances aux étudiants dans le secteur de la production (…). J’ai fermé mon entreprise, loué mon appartement, vendu ma moto, j’ai décidé de prendre un nouveau départ à Paris. L’idée de continuer mes études en réalisant une thèse m’a offert une nouvelle impulsion. J’ai trouvé le domaine de recherche qui m’intéressait et j’ai foncé… (…)»

 

L’interview 3,14
par Marion Calviera

 

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Dialogue grec

 

People Act Magazine: Comment définir la recherche appliquée à la réalité virtuelle?

John Bardakos: La recherche concernant la réalité virtuelle comporte trois domaines: en premier lieu, l’artistique; en deuxième lieu, une combinaison des domaines mathématique-philosophie (dans le cadre de la cybernétique); la réalité virtuelle intéresse également à un troisième niveau, technologique et technique, car elle s’envisage comme un puissant outil d’expression.

 

PAM: Précision(s)?

J.B.: Nous sommes entrés dans l’ère numérique, tout le monde se trouve dans l’espace digital — numérique, technologique. On ne peut pas vraiment sortir de notre contexte pour l’observer. Si les poissons peuvent comprendre la notion de l’eau (H20), la notion de la mer, leur environnement, je pense qu’à l’heure du contexte numérique, il faut trouver des façons de percevoir, de présenter, de redécouvrir, les espaces virtuels. En l’occurence, l’aspect artistique reste un outil de création de formes très adapté à la présente situation.

 

PAM: En quoi consiste exactement l’objet de votre recherche concernant la face cachée de la mathématique?

J.B.: La perfection existe dans l’univers mental. Dans tout ce qui est mental, c’est à dire émanant de notre pensée, notre projection, il existe une perfection. Une perfection impossible à retrouver dans le monde physique, autour de nous. Une telle perfection existe seulement dans le monde mental, autrement dit, seulement dans notre pensée. Un autre exemple pourrait être celui du monde de l’information, car je tente de donner forme à tous les aspects non physique d’une information.

 

PAM: Par exemple, donner forme à la matrice bioénergétique invisible de l’inconscient collectif?

J.B.: En effet, pas uniquement cet espace subjectif. Même au cœur de la physique quantique, les possibles positions d’une particule se trouvent, disons, dans une phase d’information non physique. L’espace d’une particule est alors potentiel; une particule peut-être en même temps, ici et là-bas. À mon avis, ce constat démontre et influence certains aspects de notre vie. La civilisation n’a pas eu le temps de bien cerner l’importance de cette découverte. Nous sommes toujours très connectés à une réalité newtonienne. On pense encore avec la physique classique de Newton, une forme-pensée très linéaire. — «Newton a montré que le mouvement des objets sur Terre et des corps célestes sont gouvernés par les mêmes lois naturelles; en se basant sur les lois de Kepler sur le mouvement des planètes, il développa la loi universelle de la gravitation.»

 

PAM: La science traditionnelle, non-évolutionniste, n’autorise donc pas une progression exponentielle et optimale des consciences vers plus de connaissance de la nature vivante et cosmique?

J.B.: Certains niveaux de recherches concernant certains aspects de la science obscurantiste ou du domaine métaphysique peuvent maintenant se démontrer à un niveau extraordinaire. Je suis à cet effet très intéressé par deux théories hyperabstraites: la théorie de recherche holographique et la théorie de simulation — suggérant que tout ce qui existe ne représente qu’une simulation — similaire à celles de nos ordinateurs, sans que les entités y évoluant puissent la distinguer commodément de la «vraie» réalité. En corrélation avec la théorie holographique, le Monde n’est qu’une projection holographique d’un ensemble d’informations (en deux dimensions). L’univers de l’hyperabstraction symbolise un espace complexe. Un texte mathématique n’est pas forcément logique mais c’est un langage. Il est en conséquence aujourd’hui possible de visualiser une narration irrationnelle. Même les nombres irrationnels sont présents dans les mathématiques.

 

PAM: Einstein comparait la mathématique au langage de Dieu. Confirmez-vous que l’essence de la mathématique possède simultanément un pôle logique, rationnel et quelque part, un pôle illogique, comprendre une face voilée, mystique, subjective et irrationnelle?

J.B.: Oui. L’essence de la mathématique comporte une mystique. Les mathématiques à mon sens ne représentent qu’une construction humaine, seulement humaine. La mathématique incarne le langage de la forme humaine. Le cerveau humain fonctionne selon une logique mathématique. Notre pensée est mathématique. En conséquence, tout le monde découle d’une équation mathématique. Parce que le concept, la notion «tout le monde», réside dans notre cerveau. De cette façon, tout est mathématique, tout est filtré au niveau du cerveau, soit l’ensemble de la mécanique physique.

J.B.: Coté cybernétique, on dénote dans le cerveau la présence d’un système input/output de même qu’un espace dédié à la black box (boite noire). Le pôle input peut se transformer en output. Le black box fonctionne avec des mathématiques. Constructions sociales, économiques, facteurs religieux, autant de concepts générés et gérés par le cerveau et le système nerveux. À travers la recherche relatée dans mon mémoire (étendue à la thèse), j’ai essayé d’observer les choses qui s’observent elle-mêmes. Prenons un objet, ce smartphone, par exemple, il est capable de se regarder et de s’observer lui-même. Cela crée une boucle fermée nommée «processus d’autoréférence». D’où l’intitulé de ma recherche, «L’exploration de l’autoréférence comme mécanisme de création artistique. Application dans les boucles de rétroaction.»

 

J.B.: Ainsi, pour clarifier un peu plus le thème de ma recherche, je parle de moi-même et lorsque je pense, mes pensées symbolisent la boucle («loop») ou feedback d’autoréférence. Lorsque je prends un selfie, je me contemple moi-même. Ainsi, une boucle est créée. Il y a toujours une boucle d’autoréférence, je me visualise sur l’écran du smartphone, l’image est renvoyée par mes yeux via le nerf optique à l’intérieur de mon cerveau, et la boucle prend forme…

 

© John Bardakos

 

PAM: Pour quelles conséquences…?

J.B.: Dans mon mémoire, je décris la conscience comme conséquence…

 

PAM: La conscience de se voir, de s’observer, de se percevoir pour évoluer, étendre son champ de conscience, ouvrir un nouveau champ de conscience, prendre de la hauteur face à notre reflet extérieur…

J.B.: Oui, pour faire progresser le champ de la conscience humaine.

 

PAM: Doit-on envisager la boucle de rétroaction comme un principe d’autoenvoûtement toxique ou plutôt comme un procédé positif d’évolution?

J.B.: Il faut partir sur la base d’un principe neutre, il n’y a pas de bon(s) ou de mauvais aspect(s), de résultats (+) ou (-). La conséquence psychique et physique dépend de l’objet, de la nature de l’émetteur-recepteur véhiculé dans le cerveau humain. J’entends par là que tout dépend de la personne, de son ADN, de ses intentions, de sa racine, de ses influences, de son histoire, son éducation…

J.B.: Il s’agit d’un processus neutre qui se boucle. Je pars personnellement du principe que tout est neutre, y compris les humains. C’est l’interprétation qui suggère un autre niveau de valeurs, positives ou négatives. Toutes les actions sont neutres à l’instant de la création. Ensuite, par l’observation, en se développant, en grandissant, en fonction des épreuves, du chemin, l’être humain mue en pôle  (+) ou (-). Avant l’interprétation, les valeurs (+) et (-) n’ont aucune importance. Encore une fois tout dépend du contexte. Quand une action se trouve hors contexte, il n’y a pas qu’une valeur (+) ou une valeur (-). Le contexte donne la valeur, il est important pour ma recherche car il me permet d’étudier, d’observer, l’action de sortir de notre contexte.

J.B.: Un peu comme l’action de mise en abîme au théâtre ou bien au cinéma. Quand le comédien parle du texte au spectateur, il sort du contexte de son rôle, il casse le quatrième mur et parle de lui-même, en tant qu’acteur. Le fait du sortir du «contexte» est un phénomène hyperintéressant. Cela confère une dose de «magique», le moment où je peux sortir de moi-même pour m’observer, une référence au rêve éveillé, le rêve chamanique. Le chaman sort de son corps et il observe la terre — de même que les dimensions invisibles qu’il perçoit par la vision intérieure.

 

 

PAM: Selfie, boucle, feedback rétroactif, invitent selon votre observation à prendre conscience du Soi, de son évolution. Par extension, du microcosme au macrocosme, le fait de visualiser globalement notre environnement terrestre et spatial grâce à la technologie satellite, permet l’ouverture du champ de la conscience humaine. Si un objet au sein de la densité de la matière est capable de s’observer lui-même, y compris via un monologue, un astre peut-il en faire de même, voire dialoguer avec d’autres astres? Si tel est le cas, peut-on considérer les planètes, les galaxies ou les étoiles, par exemple, comme des intelligences supérieures subtiles? Peut-on ainsi, à échelle phénoménale, appréhender l’univers comme une matrice hyperstructurée en perpétuelle évolution — soit un superorganisme intelligent?

J.B.: Nous ne sommes, à mon avis, qu’au commencement des découvertes à ce sujet. Le selfie représente un type d’autoréférence de bas ordre. Je m’observe moi-même, en premier réflexe. Après, je peux décider de m’étudier moi-même en train de m’observer moi-même. Et ainsi de suite, la base du concept fractal. En cela, le fait de s’observer via un selfie, représente un bas niveau d’autoréférence, car l’observation reste finalement en surface. Je vois une surface. Mais lorsque je m’étudie en train de m’observer moi-même, j’entre plus profondément au cœur de ma psychologie. Après, quand je me regarde moi-même, me regarder moi-même, puis me regarder encore moi-même, selon le principe fractal, je pénètre dans la sociologie, et ainsi de suite jusqu’à atteindre nombre de dimensions plus complexes; des angles plus intéressants vers une réflexion plus profonde. Il y a toujours un niveau de base superficiel mais utile par lequel, selon mon expérience, il faut toujours commencer. Même si le selfie est narcissique, il représente néanmoins une base d’observation, un point de départ de la recherche.

J.B.: Je pense que le dialogue de l’information entre une comète et une planète possède le potentiel, peut-être, de générer la vie grâce aux composantes présentes sur la comète — laissant sur son passage l’empreinte des composantes du vivant sur Terre, ou bien sur une autre planète. En revanche, je ne suis pas certain de pouvoir qualifier l’univers de superorganisme interactif à l’intelligence subtile. Je pense plutôt à une autre définition, plus proche de mes recherches, je ne sais pas si l’univers incarne un organisme mais je pense qu’il constitue un langage, un dialogue, un ensemble de mots, d’informations, invisibles, subtiles. Je peux me contempler par le biais d’un miroir ou d’un smartphone, mais me visionner de l’intérieur aussi nettement est impossible sans l’intervention d’un outil quelconque.

 

J.B.: Il est par ailleurs impossible, à mon sens, de parler d’un sujet ou d’un objet sans le changer. Il existe toujours un élément caché, invisible…

 

Pencil/Charcoal/TVPaint © John Bardakos

 

PAM: Si la science évolutionniste ne permet pas encore de prouver l’existence d’une loi métaphysique subtile ou entité autonome (Divin), rien ne permet pour l’heure, a contrario, d’infirmer son existence. Principe Soufi, traduire: rien n’est vrai mais tout est possible…? (sourire)

J.B.: Exactement (rire). Je pense que la mathématique logique, les lois mathématiques, sont vraiment connectées avec la dimension métaphysique.

 

PAM: Certains astrophysiciens et physiciens quantiques estiment que le mystère de l’espace-temps réside au-delà du mur de la lumière. Ainsi, une fois que le progrès le permettra, nous pourrons dépasser le mur de la lumière pour entrer dans une ère de connaissance du principe de la multidimension; donc une prise en considération, si je ne m’abuse, de la face subjective des sciences tant redoutée par la physique classique. Ce qui prouverait l’existence de la pensée (immatérielle) en tant qu’entité autonome dont le fonctionnement serait en conséquence également externe au corps humain. Premier pas vers une science métaphysique… Qu’en pense le mathématicien, expert en hyperabstraction?

J.B.: Je pense que si quelque chose doit être découvert derrière le mur, si la recherche perce finalement le mystère du mur de la lumière par le biais d’une découverte énorme, ça serait dommage. Probablement à cause des mathématiques, je pense que tout existe à un niveau fractal, il y a toujours un autre niveau de profondeur, exponentiel voire infini — infini/fractal —, avec une complexité unique. Sinon, il y a une limite. Et si limite il y a — je ne suis pas totalement certain de cette théorie — mais si une limite existe, cela signifie à mon sens que nous nous trouvons dans un espace de simulation (silence). Que tout ce qui nous est donné d’expérimenter n’est en fait qu’une simulation. Dans le domaine des mathématiques, la découverte d’un tel résultat correspond à la notion d’absolu. Une finalité, un immobilisme, probablement nocif en ce qui concerne l’évolution du champ de la connaissance. Disons qu’en maths, l’absolu n’est pas signe de bonne augure… (sourire)

 

PAM: Donc selon vous, l’univers se construit et s’expérimente en temps réel? Tout évolue, tout mue, tout se transforme et se conjugue au présent?

J.B.: Oui. Tout à fait. Je ne suis pas physicien mais j’adore la physique. Le cerveau humain est plus proche des choses abstraites que des choses linéaires. Cerveau, vie, communauté, sociologie, art, ces domaines ne sont pas linéaires, ils sont complexes. La linéarité s’apparente un peu à la technologie durant la période néolithique, c’est un principe dépassé. Je pense qu’il y a toujours un autre niveau de recherche concernant la lumière, ou derrière le mur de la lumière, et bien au-delà du mur de la lumière. Les séquences sont d’une complexité que j’estime magnifique parce qu’à cause de cette complexité, en regardant une fleur, la mer ou n’importe quel objet, il nous reste encore la liberté de simplement les contempler, de les admirer, ici et maintenant, sans pour autant en décortiquer toutes les dimensions ou la complexité extrême; présentes dans Tout. On peut aussi choisir de vivre paisiblement et très heureux sans se casser la tête avec ce genre de problème (rire)!

 

Propos recueillis par Marion Calviera © PAM 2017

 

Crédits:
« À la folie: enquête sur les phénomènes hallucinatoires de la réalité ordinaire (Extrait/Volume 1); Démoncratie versus démocratie: la folie de l’Homme et celle du Monde; John Bardakos: L’interview 3.14, «Lettre au Greco» » © Marion Calviera 2015-2017. Toute reproduction interdite sous peine de poursuites judiciaires.

 

 

Flashback

«Dans les années 1960, le climat intellectuel poussait à affirmer que l’on vivait un moment d’accélération des connaissances. Ce n’était pas faux. La complexité du réel semblait exiger un effort long et soutenu pour ne pas céder au découragement. Tout paraissait possible à la science. Elle s’enfonçait dans la matière pour la comprendre au plus profond. Tout était plus compliqué pour ce qui devait la rendre plus simple. Elle surfait, victorieuse, sur l’écume des sociétés anciennes. François Le Lionnais, oulipien de vocation, écrivait sur «Les fausses sciences, maladies de notre civilisation» (1954) et Maurice Colignon avait publié contre «les faux prophètes et les sectes d’aujourd’hui» (1953). Les universitaires ne voyaient plus dans les rites que conduites prélogiques opposées aux développements de la raison humaine. La distance s’accroissait entre religion et science, par les victoires de la lumière (des Lumières ?) sur les superstitions magico-religieuses du passé. Les études littéraires cherchaient dans des formulations mathématiques des reconnaissances de la part de ceux qui dominaient les débats: tout se parait d’habits scientifiques. La «libération» technoscientifique semblait pourtant dangereuse à certains qui annonçaient qu’on allait bientôt «crever la gueule ouverte», titre d’une revue de préécologistes apocalyptiques. On annonçait toujours l’inéluctable mort des rites et leur disparition logique, mais l’homme se sentait «s’échapper» à lui-même (…).» – Extrait de la thèse «Les deux colonnes de la Franc-Maçonnerie – La pierre et le sable. Université de Limoges. École Doctorale Sciences de l’Homme et de la Société n°375; Faculté des Lettres et Sciences Humaines; Département des Sciences du langage; Centre de Recherches Sémiotiques (CeReS). Thèse pour l’obtention du grade de docteur ès Lettres présentée et soutenue par Philippe Langlet)

 

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Illustration & comics work
Contact:
John (Iannis) Bardakos
Art//Direction//Research//
Doctorant :
Universite Paris 8  & École Nationale Supérieure des beaux arts d’Athènes
UFR : Arts, esthétique et philosophie – E.D. : Esthétique, Sciences et Technologies des Arts
Laboratoire de recherche AIAC Arts des Images et Art Contemporain
Equipe de recherche INREV Image Numérique et Réalité Virtuelle

 

 

 © PAM 2017

 

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