Money Planet #09 La BCE active la planche à billets

Bruxelles a annoncé un plan de relance dans la zone euro, le 22 janvier. La BCE décide d’activer la planche à billets pour racheter de la dette des États jusqu’en 2016, y compris les obligations grecques. Une mesure historique pour laquelle Angela Merkel a affiché une certaine réticence durant un discours prononcé au forum économique mondial de Davos.

 

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« Boom ! », « c’est une offensive monétaire inédite », « c’est Noël à Francfort ! » ont aussitôt réagi les analystes spécialistes de l’institution sur leurs comptes Twitter (Source : Le Monde)

 

Rachats massifs d’actifs

 

« Une arme lourde »

 

Dès mars 2015, la BCE devrait produire mensuellement 60 milliards d’euros jusqu’à la fin du mois de septembre 2016, soit environ 1200 milliards au total, pour racheter la dette publique et privée des états, selon l’annonce de son président, Mario Draghi. La BCE entend relancer la croissance et faciliter les prêts en stimulant une inflation de 2%. L’objectif principal de cette stratégie se destine à éviter une vague de déflation — soit une violente baisse des prix prévue en Europe — par le rachat de la dette publique et privée, via l’injection massive de monnaie dans la zone euro. L’activation de la planche à billet devrait permettre de relancer les prêts aux banques, aux entreprises, ainsi qu’aux consommateurs.

Une mesure qui pourrait potentiellement se révéler efficace au niveau de l’endettement mais également de l’immobilier : « la hausse des prix permet de réduire mécaniquement les sommes que je dois, dans la mesure où un euro d’aujourd’hui vaut moins qu’un euro de demain. Quand les prix ne montent pas, la somme que j’emprunte aujourd’hui est supérieure à celle demain. Pourquoi vais-je emprunter aujourd’hui ? », s’interroge M. Jourdain.

 

Epargner l’impact psychologique d’une baisse des prix, côté entreprises ou consommateurs.

 

Aujourd’hui l’indice des prix est déjà faible, une conséquence de la chute des prix du pétrole, par exemple. À Londres, le 22 janvier, les cours affichaient le baril à $49.23. Le risque de déflation est considéré par les économistes comme un frein à la consommation générant le report des achats et des investissements, côté entreprises et consommateurs.

« Un pas en avant important », une mesure « courageuse », selon Jean-Michel Six, chef économiste Europe de Standard & Poor’s. Ce dernier a salué « le risque considérable » décidé par la BCE. L’expert estime que les résultats d’une telle mesure devrait être ressentis d’ici deux ans, par un effet sur l’inflation plus que sur la croissance. Jean-Michel Six rappelle toutefois que le plan de relance doit s’accompagner d’une réforme structurelle, effectivement préconisée par l’Allemagne.

 

« Plus de réformes »

 

Des conditions raisonnables doivent être fixées par la politique, insiste la chancelière allemande. « Nous avons perdu beaucoup de temps ». Cette dernière accorde ses violions sur certains points avec le président de la BCE. Angela Merkel espère que les États « ne s’écarteront pas du chemin de la réforme », voie initialement fixée par les politiques.

Par le biais d’une aide au financement, la chancelière redoute éloignement et désintérêt des États envers la réforme, une procédure qui reste « indispensable », selon sa position. La chancelière a salué les efforts des pays face à la cure de rigueur — carabinée — imposée jusque-là par la BCE. De même que les points positifs de la réforme appliquée dans les pays les plus fragilisés par la crise, depuis 2008. L’Allemagne maintient son inquiétude concernant les obstacles à affronter face à une nouvelle menace de récession dans certains pays de la zone euro, notamment la Grèce, la France, et l’Italie, malgré quelques signes positifs d’une sortie de crise pour d’autres. « Le temps presse », a rappelé vigoureusement Angela Merkel.

 

Baisse de l’euro et des taux d’intérêts (historiquement bas) pour renégocier les prêts au niveau des banques

 

Un message de la BCE destiné aux marchés en vue de démontrer sa capacité d’anticipation comme pour renforcer sa présence au coeur des transactions internationales. L’inflation devrait motiver les consommateurs frileux aux achats, une stratégie décidée par la FED aux USA. Les partenaires espèrent également inviter le gouvernement grec vers de nouvelles négociations pour empêcher sa sortie de la zone euro, après les résultats très attendus des élections grecques, programmées le 25 janvier. Ainsi, la BCE émet le symbole d’une (indispensable) volonté de consensus.

 

Vigilance de rigueur

 

Si la stratégie d’injection monétaire massive semble fonctionner dans l’économie américaine, au constat d’une relance de la croissance ou encore d’une baisse conséquente du taux de chômage, selon les experts et les économistes, rien n’est encore joué pour l’Europe. La vigilance reste de rigueur et la victoire n’est pas garantie. Pour Henri Sterdyniak, économiste français, directeur du Département économie de la mondialisation de l’OFCE, membre des Economistes Atterrés, la BCE a fait un geste important. Une décision sans doute bénéfique dès qu’une cohérence réelle existe entre les différents partenaires d’une coalition monétaire, tant sur le plan économique qu’en matière de règles salariales communes, « ce qui n’est pas le cas actuellement en Europe ».

 

Les banques possèdent déjà un montant conséquent de liquidités.

 

« Les marchés financiers ont d’ailleurs accueilli favorablement cette annonce : les indices des bourses européennes ont grimpé d’un peu plus de 1 % en milieu d’après-midi. Et les taux d’emprunt de la France, de l’Espagne et de l’Italie ont atteint leurs plus bas niveaux historiques après les propos de Mario Draghi », a indiqué Le Monde. La stratégie de la BCE arrose « un terrain humide », selon  Henri Sterdyniak. Il s’agit ici de « donner plus d’argent aux banques alors qu’elles n’en font rien ». Quant à la situation de la Grèce, le rachat de la dette grecque ne pourrait en fait s’effectuer qu’à petites doses étant donné que 80% des risques sont portés par le gouvernement, non par la BCE.

Si la réticence habituelle de l’Allemagne à l’égard des grandes mesures expansionnistes est de notoriété historique, la meilleure solution, selon Angela Merkel, pourrait résider en une pression constante des pays membres — notamment parmi les plus intrépides — afin d’influencer l’ensemble des partenaires de la zone euro vers une réforme structurelle en profondeur. La chancelière estime en effet que l’effort, le travail, et la discipline comptable, représentent des formules plus efficaces qu’une simple aide des états, désormais facilitée par la BCE.

 

Marion Calviera 

© PAM 2015

 


 

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