France 2017: dernières heures d’une présidentielle non ordinaire

Emmanuel Macron clôture une campagne présidentielle ovni en tête des candidats à la présidence de la République, avec 61% de votes en sa faveur contre 39% pour Marine Le Pen (sondage Ifop). Des électeurs regroupés autour de son programme centriste contemporain et singulier prêchant, à cette heure, la moralisation de la vie politique et le retour à l’emploi. Objectif numéro un de la majorité représentée par l’opinion publique: «battre Le Pen». Par Marion Calviera

 

Marché local de Bethune, France, le 24 avril 2017 © REUTERS/Pascal Rossignol

 

Un débat traditionnel atypique «brutal, violent, agressif, honteux, ridicule, scandaleux, indigne (…)», selon le regard des politologues nationaux mais également d’après l’avis des citoyens, des électeurs de tous bords, des politiques, aussi bien que du point de vue de la presse internationale. «Chacun cherchait le K.O.» titrait la presse politique française au lendemain de l’affrontement, parfois sans mesure, côté Marine Le Pen.

 

Déçus par l’agressivité incessante de leur candidate censée représenter en direct, mercredi 2 mai dernier «la France en colère», selon ses propres termes — sans toutefois parvenir à enfiler un costume présidentiable depuis cette soirée explosive que la presse étrangère notamment européenne a qualifié de plus mauvais débat politique de toute l’histoire de la Ve République —, Marine Le Pen s’est également vue exfiltrée, ce matin, de la Cathédrale de Reims en raison de la vive animosité des militants de la France insoumise. Aucune image n’a filtré quant à la sortie de la candidate. «La rumeur de ce déplacement non préparé à Reims s’est rapidement diffusée auprès des journalistes et des militants mélenchonistes. Tous criaient: «Marine rends l’argent!». Ces derniers formaient un comité d’accueil hostile à l’arrivée du FN, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont dû être exfiltrés. Ils se sont dérobés sans aucune fuite d’images», précise une source média sur place. Ainsi la candidate dont la stratégie était de provoquer une «rupture avec le quinquennat socialiste que représente le gouvernement de Monsieur Macron», ne symbolise visiblement pas encore, d’après les plus récents sondages, la volonté de la majorité française.

 

En Marche ! Renouvellement et transformation de la vie politique

 

Après l’attaque aux jets d’oeufs, jeudi 4 mai, à Dol-de-Bretagne, la campagne de Marine Le Pen issue de sa nouvelle coalition avec Nicolas Dupont-Aignan — silencieux quant à lui depuis la fin du débat du second tour —  prend l’eau plus vite que prévu. Seul Florian Philippot, député Européen (FN) s’est décidé a repartir devant les caméras, sous les insultes des opposants. Pendant ce temps, Emmanuel Macron prenait tranquillement l’avion pour rentrer à Paris, après une dernière visite dans le sud de la France, et après avoir bénéficié publiquement, hier, des encouragements de l’ancien président des États-Unis. Barack Obama a en effet déclaré: «J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a mené (…)».

 

«Emmanuel Macron n’a pas toujours été dans le respect total des faits (Le Monde)»

 

Selon une vérification publiée dans Le Monde, «si Emmanuel Macron n’a pas toujours été dans le respect total des faits, sa rivale, Marine Le Pen, a proféré de nombreuses approximations et des contre-vérités.Une stratégie qui a semblé délibérée, pour empêcher un débat de fond en forçant M. Macron à répondre à des attaques souvent mensongères, et qui n’était pas sans rappeler celles de Donald Trump durant la campagne américaine. Nous avons vérifié dix-neuf cas». Une nouvelle alerte économique a par ailleurs été lancée sur la Côte d’Azur par Christian Estrosi, président de la région PACA, dans le journal CNews, vendredi 5 mai: «Marine Le Pen ne prévoit aucune réforme nécessaire pour créer un choc de compétitivité», indispensable en vue d’offrir une nouvelle impulsion commerciale à la France.

 

Pourquoi l’abstention peut-elle faire gagner Marine Le Pen?

 

«Si Marine Le Pen parvient à obtenir 42% d’intentions de vote, elle peut être élue (…)», a déclaré Serge Galam, chercheur à Sciences-Po, dans une interview accordée à la chaine France Info. Le vote républicain massif (droite ou gauche) est sensé bloquer la progression FN pour empêcher sa victoire — sur le modèle de la présidentielle 2002 où Jacques Chirac fut élu avec 82.1% des voix contre 17.9% pour Jean-Marie Le Pen. Aucun des candidats n’appartient à une majorité traditionnelle, il n’existe en conséquence aucun repère pour tenter d’établir le pronostic final dans un duel où «tout» oppose les protagonistes. Désignés par les Français — respectivement  à 24,01 % (8 656 346 voix) pour Emmanuel Macron et 21,30 % (7 678 491) pour Marine Le Pen, 60% de personnes interrogées dans un sondage Ipsos révèlent néanmoins «un choix par défaut». Ainsi, dimanche 7 mai, l’abstention pourrait atteindre près de 26% vers des élections législatives carnassières, programmées dès le mois de juin dans l’Hexagone.

 

Source graphique © Ministère de l’Intérieur

 

«L’abstention différenciée peut inverser une position minoritaire en un vote majoritaire»

L’importance de la mobilisation des électeurs au profit d’un candidat sera déterminante. Si 90%, par exemple, des électeurs se déplacent le 7 mai prochain au profit de Marine Le Pen contre 65% pour Emmanuel Macron, la candidate FN pourra alors l’emporter avec 50.07% des suffrages exprimés. D’après l’analyse de Serge Galam, «une bonne partie de ces électeurs pourraient cette fois en profiter pour ne pas aller voter (…)»; par déception, action révolutionnaire, manque de repères ou manque de confiance face au profil du candidat Macron. À la différence des électeurs de Marine Le Pen, visiblement beaucoup plus déterminés à faire entendre leurs convictions. «Ils iront donc mettre leur vote dans l’urne», telle une précieuse occasion de se démarquer du système, par le biais de cette nouvelle opportunité à ne pas manquer.

 

Emmanuel Macron bénéficie d’une meilleure image que son adversaire

 

À noter cependant une image publique plus positive en ce qui concerne le candidat Macron que la candidate Le Pen. En effet, 59% des sondés Ifop estiment que Marine Le Pen ne bénéficie pas d’une «bonne image» auprès de l’opinion publique malgré une base électorale plutôt «solide» — étant donné le nombre de voix obtenues au cours du premier tour de l’élection présidentielle. «Je ne dis pas que MLP va être élue mais je dis attention au problème parce que l’abstention différenciée peut inverser une position minoritaire en un vote majoritaire (…)», a donc insisté Serge Galam, en conclusion de son étude. L’ancien Premier ministre socialiste, Manuel Valls, a appelé en cette fin de journée à la mobilisation générale des Français pour faire barrage au Front National, exponentielle selon Manuel Valls, notamment depuis la soirée du débat traditionnel d’entre deux tours.

 

Marion Calviera
Fondatrice People Act Magazine

 

Source vidéo © PressTV Français

 

En savoir +

L’avis de la presse étrangère autour du débat Le Pen / Macron
Source: Courrier International

 

D’après El País,  il s’agit d’«un combat anormal, asymétrique, de l’escrime contre du catch, un fleuret contre un marteau, des arguments contre de l’affect. Pour le grand quotidien espagnol, «rarement on avait assisté à un combat dialectique d’une telle intensité lors d’un débat électoral, avec des accusations ad hominem et insultantes à de nombreux moments.»

 

The Times relate la violence des échanges en titrant: «Les insultes pleuvent alors que Le Pen essaye d’abattre Macron». Le quotidien britannique estime que les candidats «se sont pris le bec sur tous les sujets – économie, Europe, islam et corruption – alors que les journalistes supervisant le débat luttaient, et souvent échouaient, à garder le contrôle.»

 

Le quotidien allemand Die Welt critique aussi les deux journalistes, Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq pour leur immobilisme: «si le débat a déraillé dès la première minute, cela est également dû aux deux présentateurs qui en méritaient à peine le nom». Le journal de Berlin se permet même d’ironiser sur leur attitude : “Malheureusement, personne ne leur avait dit qu’ils devaient modérer un débat présidentiel. Impassibles, ils ont regardé les candidats multiplier les insultes.»

 

Selon El Mundo, “Le Pen a anticipé la défaite électorale et a tenté de se hisser au rang de futur chef de l’opposition”. Mais, constate le journal espagnol, “Macron a mis à nu Le Pen” et révélé ses incohérences, même si l’ancien ministre “a eu tendance à se perdre dans les détails”. “Dans un spectacle honteux, Macron est apparu comme un mal mineur et Le Pen un mal majeur”, assène le quotidien de Madrid.

 

© PAM 2017

 

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