Europe: Combat d’autorité, Berlin versus Ankara

Les tensions persistantes entre la Turquie et l’Allemagne inquiètent l’Europe depuis la reconnaissance du génocide arménien de 1915 par le gouvernement allemand, grâce à l’adoption de la résolution du 2 juin 2016. Résolution immédiatement suivie d’un coup d’état en Turquie, survenu en juillet 2016, désormais à la source de violentes réactions d’AKP, le parti de la justice et du développement pro-Erdogan, envers la presse internationale, l’opposition, et d’une agressivité publiquement affichée à l’égard de certaines nations européennes. Par Marion Calviera

 

 

Turquie, les chiffres de la «purge politique», de juillet 2016 à mars 2017:
– 160 organes de presse fermés en un mois,
– 120 journalistes arrêtés, détenus en prison, jugés rapidement dans des conditions judiciairement et juridiquement contestables,
– Plus de 40 000 arrestations au motif d’une «purge» politico-sociale «salvatrice» parmi les médias, politiques et citoyens, opposés au gouvernement Erdogan.

 

À l’approche du référendum en Turquie, pour ou contre le renforcement des pouvoirs d’Erdogan, sans compter sur des échéances électorales dans plusieurs pays européens, la presse turque n’hésite plus à fustiger frontalement Angela Merkel. La «une» du quotidien progouvernemental stambouliote Günes illustrait, vendredi 17 mars, un photomontage de la chancelière caricaturée en Hitler. ««Une Hitler au féminin», titre Günes avec une croix gammée, le mot-dièse #FrauHitler, mais aussi la mention «la Tante moche» barrant le photomontage d’Angela Merkel qui occupe trois quarts de la «une» du journal», a confirmé Le Monde. Alors qu’Angela Merkel réagit aux accusations en invitant la Turquie à «garder la tête froide», cette dernière est soutenue depuis jeudi dans l’arène politique internationale, entre autres, par François Hollande. La France et l’Allemagne dénoncent ici des provocations «inacceptables» de même que les déclarations du président Erdogan concernant sa vision du «nazisme», en Allemagne ainsi qu’aux Pays-Bas, «dans un communiqué de l’Élysée publié à l’issue d’une conversation téléphonique entre les deux dirigeants», précise Le Monde.

 

Combat d’autorité amorcé

Berlin versus Ankara

 

L’exclu People Act
C comme Censure ? En 1985, le gouvernement turc a censuré 205 mots à la télévision et à la radio publique.

Pour remplacer ces mots censurés, l’État turc a proposé une liste de mots de substitution à utiliser dont certains issus de la racine française. Dans la vidéo ci-dessus, le texte a été écrit à Istanbul par les performeuses artistiques internationales, Derin (Turquie) et Margaux Aubin (France), grâce à des mots commun issus des langues turque et française, soufflés sous une forme subtile. Focus singulier sur un travail sensible, poétique, humaniste et sensé.

 

Plus de 30 000 personnes principalement d’origine kurde, selon la police, ont manifesté à Francfort (ouest de l’Allemagne) samedi pour réclamer «la démocratie en Turquie» et «la liberté pour le Kurdistan», selon une source RTBF. Il faut dire que le récent rejet de libération par la justice turque de Deniz Yucel, journaliste germano-turc, correspondant en Turquie du quotidien Die Welt, provoque depuis le mois dernier une sévère crise politico-diplomatique, entre Berlin et Ankara. La rupture d’un équilibre fragile (voire opaque) menace ainsi l’Europe. Deniz Yucel séjourne actuellement en détention préparant tant bien que mal son procès pour «propagande en faveur d’une organisation terroriste et incitation à la violence». Le journaliste risque aujourd’hui dix ans et demi de prison si la justice turque le reconnait coupable de ces faits. Pour l’heure, la date de son procès n’a toujours pas été communiquée, à qui que ce soit.

«Recep Tayyip Erdogan, l’a présenté comme «un agent allemand» et un membre d’un groupe armé kurde. Le gouvernement allemand a qualifié ces accusations d’absurdes et la chancelière Angela Merkel a jugé son arrestation «disproportionnée»» a révélé, le 15 mars, une source Ouest-France.

 

La Turquie menace d’ouvrir ses frontières de la Syrie vers l’Europe

Blocage des migrants en Grèce, rapatriés tout d’abord en Turquie, puis renvoyés vers la Syrie; des individus apeurés, meurtris, «parqués» sans compassion dans «des conditions déplorables», témoigne Jenny Vanderlinden, coordinatrice du dossier «Turquie» pour Amnesty International, dimanche 19 mars, sur le plateau du Bar de l’Europe (TV5). «Un dossier de plus en plus épais depuis la tentative de coup d’État, en juillet dernier (…)» suivi de «purges» excessivement toxiques au sein de la vie politique turque, mais également européenne.

Tel un effet boule de neige, à la suite de ces divers évènements, la mèche allumée en 2015 est sur le point de faire exploser un feu dévastateur qui ne demande qu’à se répandre. Les premières alertes autour d’un excès de chaleur diplomatique se ressentent maintenant dans toute l’Europe.

 

«L’accord avec la Turquie [est] approuvé», avait déclaré le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka sur Twitter, il y a un an, à l’issue du sommet européen étendu sur deux jours dans la capitale belge. «Tous les migrants illégaux qui rejoignent la Grèce depuis la Turquie, à partir 20 mars 2016, seront renvoyés chez eux», avait-t-il précisé.

 

Face au désastre social amplement amorcé, Bruxelles entend depuis des mois élaborer un plan commun, afin d’intensifier l’expulsion des migrants vers leur territoire d’origine — pour ceux n’ayant pas obtenu le droit d’asile. Ce plan serait visiblement, d’après Bruxelles, un meilleur outil d’échange d’informations et de données pour l’UE, quant à la politique de mise en place du retour des réfugiés non-admis vers leur nation d’origine. Cette décision pourrait permettre l’accès à des négociations et la conclusion d’accords de réadmission, d’après des conditions administratives et légales officielles plus structurées; ou encore une autorisation de déblocage de fonds relatifs aux aides à la réintégration en Europe.

«On s’aperçoit qu’il y a de plus en plus de personnes votant AKP (parti du président Erdogan) qui se posent des questions (…)», observe Jenny Vanderlinden pour Amnesty International, «le problème de la liberté d’expression en Turquie n’est pas neuf (…)». Néanmoins, les évènements néfastes accélèrent leur course vers une équation inconnue. Une série de combats politiques carnassiers pour des tendances et des manœuvres électorales générales plutôt inquiétantes.

 

Marion Calviera @ PAM 2017

 

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