Money Planet #10 bis Eurogroupe: Grèce, Athènes vs Berlin

L’Eurogroupe et la Grèce sont parvenus à un accord sur le prolongement de l’aide internationale, après la présentation du projet de réforme du nouveau gouvernement grec représenté par son ministre des Finances, l’eurosceptique Yanis Varoufakis.

 

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Une requête validée à l’occasion d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro dans le courant de l’après-midi, vendredi 20 février à Bruxelles. Fin 2014, la Grèce affichait +0,6 % de croissance. Source photo: lessentiel.lu

 

 

Après les récentes attaques des médias grecs à l’encontre de l’Allemagne notamment autour de l’«intransigeance» de la chancelière et du ministre des Finances, Wolfgang Schäber — sans compter sur le contentieux diplomatique initié par le Premier ministre Alexis Tsipras, ramenant le dossier de la dette de guerre entre Athènes et Berlin sur le devant de la scène — l’Eurogroupe a décidé de valider la demande grecque de prolongement d’aide au financement pour une durée de quatre mois, contre l’avis d’Angela Merkel. La situation instaure une zone de crise politique au cœur de la zone euro malgré les engagement des dirigeants grecs, à respecter les clauses de ce nouvel accord de même que l’ensemble de leurs engagements, sans polémique complémentaire.

 

Berlin trépigne…

Pour Wolfgang Schäber, la lettre de proposition et d’intention présentée par son homologue grec Yanis Varoufakis aux créanciers ne remplie pas les conditions requises pour une telle demande. Pour le ministre allemand des Finances, le projet du nouveau gouvernement grec «ne répond pas aux critères» définis en début de semaine par l’Eurogroupe. Néanmoins, cette position inflexible de la chancelière Angela Merkel et de son ministre ne fait pas l’unanimité de Paris à Berlin, jusqu’à créer de vives dissonances au cœur du gouvernement allemand.

Des personnalités politiques telles que Martin Schulz, président du Parlement européen ou Sigmar Gabriel, ministre SPD de l’Économie, félicitent la Grèce pour «ce pas énorme». Avec l’annonce d’un risque potentiel d’une nouvelle vague de récession en Europe, l’Allemagne redoute également que des pays en difficulté financière face à la crise tels que la Grèce, la France ou l’Italie, ne profitent exagérément de la générosité de la BCE en amoindrissant leurs efforts pour rembourser — au mieux — la dette publique, et stimuler de nouveau les prémices d’une croissance qui reste à confirmer.

 

«Celui qui détruit la confiance mutuelle détruit l’Europe»

Qualifiée de «ligne dure» par une partie des partenaires de la zone euro de même que part le groupe des eurosceptiques, la rigueur de la politique économique allemande s’explique en partie par la crainte d’une insurrection grecque sur le modèle du gouvernement espagnol affrontant la montée en flèche du mouvement Podemos. «C’est un problème de confiance mutuelle», s’est défendu Wolfgang Schäber, sous les feux des attaques de la presse grecque et de certains compatriotes, ajoutant que «celui qui détruit la confiance mutuelle détruit l’Europe.»

Angela Merket s’est entretenue tout d’abord avec Alexis Tsipras puis François Hollande dans le cadre d’un déjeuner et d’une conférence de presse organisée vendredi 20 février à l’Élysée. La crise ukrainienne figurait à l’ordre du jour de la rencontre entre les deux dirigeants «préoccupés». Le vortex polaire installé entre Athènes et Berlin provient d’un manque de confiance mutuelle du côté allemand. Côté grec ne résonnent plus que colère et amertume face à la «dureté» de la chancelière. Les autorités financières allemandes assument leur fermeté et entendent maintenir leur cap, en réponse aux demandes massives de souplesse sur le dossier grec notamment au constat de l’«attitude instable» de la Grèce envers ses créanciers.

 

Manuel Valls en désaccord avec la notion d’austérité allemande

À Paris, la discorde entre Athènes et Berlin aurait été «un sujet tabou» au cours d’une session off avec la presse durant la récente visite officielle d’Angela Merkel, selon une source Le Monde. Une divergence existe également entre Paris et Berlin, un conflit de stratégie économique confirmé par les propos de Manuel Valls. A la veille de la rencontre entre Angela Merkel et François Hollande, le Premier ministre a laissé entendre son désaccord avec le maintien de règles austères d’une nature jugée extrême, préconisé par l’Allemagne.

Si Athènes a accepté une supervision étroite des créanciers de la dette publique (Commission européenne, BCE, FMI) par le biais de cette récente extension du programme, le gouvernement grec s’est également engagé à ne pas déroger des accords ainsi définis, à «financer pleinement toute nouvelle mesure tout en s’abstenant de toute action unilatérale qui saperait les objectifs budgétaires, la reprise économique et la stabilité financière», selon les garanties évoquées par Alexis Tsipras, le 19 février.

 

«Le gouvernement grec joue très mal son jeu»

Les gouvernements espagnol, portugais et finlandais de même que les États baltes comptent parmi les partenaires financiers rangés derrière la position de Berlin. D’après Maris Lauri, ministre des Finances Estonienne, «la sortie de la zone euro de la Grèce n’aurait qu’un faible impact sur la monnaie européenne». L’économiste Henrik Enderlein, directeur de l’Institut Jacques Delors à Berlin, en revanche, envisage l’éventualité d’un Grexit comme une mesure contraignante pour la zone euro.

«Une sortie de la Grèce changerait la nature de l’union monétaire en profondeur», a déclaré Henrik Enderlein dans une interview accordée au Monde, le 21 février. «Le gouvernement grec joue très mal son jeu. Il ne parvient pas à créer de la confiance et s’est déjà isolé. Cela dit, rejeter l’ouverture grecque risque de fermer des portes (…) vers une fuite (accélérée) des capitaux». Il existe maintenant un risque de Grexit accidentel, a précisé l’économiste.

 

 Marion Calviera

© PAM 2015

 


 

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L’expertise 2015 concernant la santé économique de la Grèce prévoit un «trou de financement», évalué à 12,6 milliards d’euros. En vue de contourner un troisième plan d’aide, le FMI préconise un nouveau panel de restrictions budgétaires à hauteur de 5,7 milliards, entre 2015 et 2016. Photo: DR

 

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