L’invité cinéma: Fabrice Begotti, « Serious Joker »

Rencontre avec Fabrice Begotti, cinéaste, réalisateur de clips vidéo, de publicités et de fictions, à l’occasion de la sortie DVD du film dynamite  «tout sourire» de l’été, Les Francis, un film coproduit par Save Ferris Production et La Petite Reine. 

 

Fabrice Begotti compte plus d’une centaine de clips et de spots publicitaires à son actif. Aux commandes de plusieurs documentaires diffusés notamment sur la chaine Canal + il est également à l’origine du premier rôle de Jenifer Bartoli sur grand écran. Photo © Gravity Corp

 

 

Interview « Qui suis-je ? »

Par Marion Calviera

 

La griffe Begotti ? Une empreinte tantôt populaire, alternative ou décalée, une approche de l’image mouvante et versatile, généralement rythmée. Nous avons rencontré le réalisateur, en famille, à l’occasion de la sortie DVD de la comédie Les Francis, le 26 novembre, autour d’un verre et d’un serious burger dans le cadre de l’inauguration de la Maison Gusto à Nice. Réputé dans le milieu de la publicité, du documentaire et de la musique — avec plus de 100 clips d’artistes à son actif — Fabrice Begotti contribue par ailleurs à des films-comédie pour Smartbox, Miss Better ou encore le Parisien. Côté glam, de nombreuses marques internationales ont confié leur prestige à l’oeil expert du réalisateur, notamment Dior, Vichy, Shiseido, So Chic, ou Angel, parmi d’autres. En 2013, il signe le documentaire Okéanos, les enfants des baleines pour la chaine Canal +, soutenu par le Prince Albert II de Monaco.

 

 

 

People Act Magazine : 

Si Fabrice Begotti était … une actrice ?

F.B. : Isabelle Adjani… jeune.

Une star ?

F.B. : Fabrice Begotti.

Un film culte ?

F.B. : Fight Club de David Fincher…

Une qualité ?

F.B. : La sincérité…

Un rêve ?

F.B. : Je vis mes rêves…

Un vice ?

F.B. : La luxure…

Une addiction ?

F.B. : Les femmes…

Un fantasme ?

F.B. : Une carrière de Rock Star…

Un animal ?

F.B. : Le chat, animal indépendant en même temps câlin, égoïste et doux.

Une chanson ?

F.B. : The Cure – Just Like Heaven

Un album ?

F.B. : Never for Ever de Kate Bush.

Un livre ?

F.B. : Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde.

Un héros ?

F.B. : Spiderman !

Une série ?

F.B. : Docteur House.

Un coup de coeur ?

F.B. : Ma femme.

Un coup de gueule ?

F.B. : Ma femme !

Une larme ?

F.B. : Ma fille…

Un voeu ?

F.B. : Ma fille.

Une citation ?

F.B. : «La jeunesse est un art» d’Oscar Wilde.

 

 

« Feel Good Movies & Serial Clipper »

 

90’s : Luc Besson sors de ce corps !

 

Durant des mois, les réunions de production, les séances d’écriture, les aller-retour entre Paris, Nice, Los Angeles, et les fous rires s’enchainent, sans se ressembler. L’histoire commence au début des années 90 dans un studio de 20 m2 (maximum), rue du Faubourg Saint-Antoine, 11e arrondissement — son fief — avec presque rien excepté des idées, du culot, des potes, et la force indéniable d’un jedi en devenir. Fabrice Begotti n’est alors qu’un jeune amateur, un padawan qui sait toutefois lire intelligemment entre les lignes du tarot pour mener sa barque à bon port. Adolescent puis jeune adulte, il possédait déjà ce petit quelque chose en plus de pétillant dans le regard, cette petite flamme comme une nécessité d’être. Enjoué, spontané, aussi loin que remonte ma mémoire, il semblerait que le mot «échec» n’ait jamais appartenu à son vocabulaire. Son succès, il ne le doit qu’à lui-même. Élevé simplement, justement, dans le respect et l’amour, il sait profiter de chaque instant que la vie lui offre, entouré de ses proches. Une vie menée tambour battant sous la protection d’une bonne étoile. Une vie marquée par une série de belles rencontres, de challenges, d’expériences complexes, de rebondissements face auxquels il sait rester droit, à la hauteur des tâches qui lui incombent. Ici, le hasard n’existe pas ; ni secret ni mystère. Inspiration, patience, et persévérance, des qualités définitivement maîtresses en la demeure.

 

 

Flashback

 

Printemps 1990, Promenade des Anglais à Nice, la radio diffuse en boucle «Under the Bridge» des Red Hot Chilli Peppers, morceau fétiche puisque je l’identifie au jour de ma rencontre avec Fabrice, amorce d’une longue complicité amicale et artistique. Mon opinion ne diverge pas des autres à son sujet. Fabrice Begotti est le symbole de l’ami fidèle, un frère, un compagnon de route, des grands malheurs aux petits bonheurs du quotidien. La musique, RockNew Wave, Pop anglaise, Trip Hop, résonne en lui comme un souffle vital, une évidence, la source de son inspiration. Ce jour-là, dans sa voiture, nous connaissons le morceau des Red Hot par coeur, nous chantons à tue-tête, horriblement mal mais dans un «franglais» correct. Sans remord, nous tuons ce track d’anthologie du Rock américain, vitres baissées, lunettes noires, clope au bec, évidemment, nous roulons tels que nous sommes, libres, inconscients, un brin naïfs, sans attache ni ceinture de sécurité. Je ne suis pas encore journaliste, je ne sais pas qui je suis — à cet instant, j’ai l’impression que je ne le saurais jamais — mais depuis longtemps, Fabrice est convaincu qu’il sera réalisateur. De longs métrages, plus exactement. Un métier alors réputé inaccessible, réservé aux grandes familles du cinéma français.

Jeune, je parlais déjà beaucoup et je posais des tonnes de questions ; lui aussi d’ailleurs. Je me revois encore en train de lui demander : «tu veux faire quoi, dans la vie, Fabrice ?». «Des films», une réponse fière, instinctive, sans aucune hésitation. Nous sommes en 1988, Fabrice n’a que seize ans. «Et toi?», m’avait-il demandé en retour. «Moi, j’aimerais travailler dans les médias, pour Thierry Ardisson, par exemple, ou bien pour Canal +…». Deux ans plus tard, je rejoignais Fabrice à Paris pour participer au tournage de son troisième court-métrage. Nous nous retrouvions ensuite en coulisses de l’émission Tout le monde en parle présentée par Thierry Ardisson sur France 2, où il m’obtiendra mon premier poste d’assistante de production TV pour le compte de Catherine Barma. Nous finirons la semaine entre amis et jeunes loups de backstage à Cannes, au Festival International du Film. Fabrice y présentera ses premiers travaux, ébauches et prémices visuelles qui se révèleront déterminantes pour la suite de sa carrière.

 

Souvent là où on ne l’attend pas

 

Lui et son destin de jeune Niçois, fils de commerçants honnêtes, travailleurs, et conviviaux. Installé à Paris dès sa majorité, deux francs six sous en poche, avec une ambition précise : faire de la capitale un terrain de jeu propice à l’image, honorer le mouvement, son esthétisme, quelque part entre sensualité, subtilité d’expression et proximité du regard. Des kilomètres de pellicule, autant de réflexions autour des jeux du sexe et de l’amour, pur, magique, intemporel ou ravageur, sans concession ni rédemption, mais amour toujours. En ces temps révolus, Fabrice n’était pas le seul à envisager les choses sur grand écran. Nous étions nombreux, nous, petits provinciaux débarqués de nulle part, à squatter massivement son studio parisien pour suivre son exemple, imprégnés par sa personnalité et sa motivation — durant nos séjours à tenter de dénicher le job de nos rêves, qu’il  contribuait souvent à concrétiser.

Fabrice invitait déjà ses amis à sa table, l’opportunité de profiter d’une assiette (même maigre), de son toit, de son réseau, et des solides connections générées par l’ensemble de ses démarches, de ses projets, et de ses entreprises… incessantes. Si le destin ne s’est pas toujours présenté aussi simplement que son humour et son énergie le laissent prétendre, fondamentalement, Fabrice Begotti est un roc : fédérateur, fonceur, égal à lui-même, il possède avant tout ce talent si particulier de savoir s’entourer d’ami(e)s et d’équipes ralliés à sa cause, en toute confiance, peu importe la couleur du ciel, la météo de la vie, ou la tonalité des circonstances. Une journée à ses côtés ? Plus qu’un simple instant de franche camaraderie, le souvenir d’un regard, d’une opinion positive sur la marche du monde et sur l’autre. Un reflet d’âme, un jeu de miroir, une projection indispensable, celle d’un artiste doté d’une personnalité intense et d’une compréhension instinctive des méandres de la psychologie humaine.

 

Dialogue entre un cinéaste et une journaliste

 

 

«Les critiques que Jenifer Bartoli a essuyé pour sa participation dans The Voice m’ont exaspérées»

 

PAM : Comment gère-t-on la tension sur le plateau d’un premier long métrage ? 

F.B. : Pas trop mal. Nous sommes restés plusieurs semaines confinés dans une bulle en Corse. L’équipe était soudée et nous tournions une comédie ce qui facilite les relations de travail. L’ambiance était détendue, le côté fédérateur du film aidant. On peut dire que j’en garde un bon souvenir.

PAM : Comment Jenifer Bartoli s’est-elle comportée sur le plateau face aux polémiques qui encerclait la sortie de son album hommage à France Gall, sa participation vivement critiquée dans l’émission The Voice sur TF1, ou encore face aux premiers pronostics malveillants de la presse people, avant même la diffusion des premières images du film ? Les médias ont-ils été source de complication(s) dans le cadre de votre première expérience commune ?

F.B. : Aucune affectation particulière. Rien à signaler, rien à vendre. Jenifer n’a rien laissé transparaître sur le plateau à ce sujet. Elle a fait son travail. Elle ne nous en a pas parlé. Encore une fois, le tournage s’est déroulé en Corse, nous étions relativement isolés du reste du monde, l’atmosphère était conviviale. Nous n’avons été informés de rien. Tout s’est bien passé, en fait.

PAM : Dans ce cas, pourquoi avoir choisi de prendre publiquement sa défense dans une lettre ouverte à ses détracteurs ?

F.B. : Le film était déjà dans la boîte à ce moment là. Simplement, les critiques que Jenifer a essuyé pour sa participation dans The Voice m’ont exaspérées. J’ai travaillé plusieurs fois avec elle, j’ai jugé opportun de défendre son côté altruiste, aimable et professionnel. Je trouve parfois navrant de s’attaquer aussi stupidement à une personne, sans la connaître. C’est une femme très douce, subtile et courageuse, dont le chemin sera sans doute toujours critiqué par quelques-uns. C’était une façon comme une autre de remettre les pendules à l’heure.

PAM : Autant de polémiques et de complications autour de Jenifer et de son premier rôle pour finalement obtenir des critiques de la presse française assez favorables concernant la prestation d’ensemble. Alors… heureux ?

F.B. : Une mission accomplie : le film à enregistré autour de 400 000 entrées en salles durant la saison estivale face à des blockbusters comme La planète des singes, Transformers,  ou d’autres comédies françaises, Les vacances du petit Nicolas, par exemple. Avec un petit budget de 5 millions d’euros, on peut dire que le film s’est bien défendu.

 

«Je travaille actuellement sur l’adaptation d’un roman, une histoire d’amour moderne.»

 

PAM : Vingt ans se sont écoulés depuis le tournage de vos premiers courts-métrages «Spasme» — côté drame romantique, «Barth & Ernest» — remake très acide des «Valseuses», ou encore «Mécanik», un plan séquence teinté d’une profondeur déconcertante, d’une griffe assez sombre, érotique et torturée. Envisagez-vous de porter prochainement ce style plus alternatif à l’écran ou comptez-vous rester sur un format grand public ?

F.B. En effet, je compte exploiter différentes techniques, différents thèmes, et différents styles. Pour l’instant, certaines idées ne sont encore que des projets mais je me m’oriente dans ce sens.

PAM : Un aspect plus provocateur, plus profond, mais également plus acide de votre personnalité, craignez-vous une réticence des sociétés de production à l’égard de certains projets ?

F.B. : Pourquoi craindre ? Il faut simplement s’adresser aux investisseurs, mécènes et compagnies plus adaptées au cinéma d’auteur ainsi qu’aux productions alternatives, mais je n’envisage pas un refus. C’est plutôt une question de timing, d’équipe, de cohérence, de confiance en soi et surtout de subtilité.

PAM : Vous êtes actuellement en cours d’écriture d’un long métrage, pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

F.B. : Actuellement, je ne peux pas m’étendre. Tout ce que je peux dire, c’est que je travaille sur l’adaptation du roman d’une jeune auteure dans l’ère du temps. Une histoire d’amour moderne, une version 2.0 du film Lune de Fiel de Roman Polanski.

PAM : Vous êtes l’heureux père de famille (unie) d’une petite fille âgée de six ans, marchera-t-elle sur vos traces ?

F.B. : Je lui accorde un certain talent de comédienne, c’est une bonne actrice. Côté cinéma, ça s’organise. Disons que tout est prévu mais j’attends qu’elle se calme… un peu (sourire).

PAM : Vous serez donc son premier … réalisateur ?

F.B. : Son premier ??? Son unique ! (sourire)

 

 

 

 

En savoir +

Les Francis DVD (82 minutes)

"Les Francis", une comédie de Fabrice Begotti avec Lannick Gautry, Medi Sadoun, Thomas VDB, Cyril Guei, Thierry Neuvic, Jacques Dutronc, Alice David, Jenifer Bartoli, Elie Semoun, Claudia Cardinale, Pierre-Marie Mosconi & Michel Ferracci. Sortie en DVD le 26 novembre 2014. Prix: 14€99

Les Francis, une comédie de Fabrice Begotti avec Lannick Gautry, Medi Sadoun, Thomas VDB, Cyril Guei, Thierry Neuvic, Jacques Dutronc, Alice David, Jenifer Bartoli, Elie Semoun, Claudia Cardinale, Pierre-Marie Mosconi & Michel Ferracci. Sortie en DVD le 26 novembre 2014. Prix: 14€99

 

Le pitch :

«Pour respecter la dernière volonté de son grand-père, Jeff décide de partir en Corse à la recherche d’un secret de famille, accompagné de ses 3 amis d’enfance : Medi, Willy et Seb. Suite à un quiproquo impliquant la ravissante Vanina, les 4 amis se mettent à dos une famille Corse un peu particulière, Les Campana, qui, pour venger l’honneur de leur sœur, vont déclarer ouverte la chasse aux « Francis » : les Français du continent. Les vacances tournent rapidement à la course poursuite infernale mêlant gendarmes dépressifs et chasseurs à la gâchette facile. Bienvenue du côté obscur de la Corse !» – Disponible en VOD sur CanalPlay & Orange ainsi qu’en DVD Blue Ray.

 

Dossier réalisé par Marion Calviera

© PAM 2014

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