Boris Wilensky: «Vortex Sensoriel»

Qui Suis-Je ?

Rencontre avec le photographe parisien, Boris Wilensky, à la veille d’une séance de dédicace au Mas des Escaravatiers à Puget-sur-Argens, le 21 juin prochain, pour la sortie de son premier ouvrage, Hurban-Vortex, un conte photographique contemporain associant l’inspiration artistique à la réalité urbaine.

 

Photographie : Boris Wilensky © Stéphane Bouquet / Estelle Palluau

«Il n’y a pas de recherche de la vérité dans la photographie, il y a juste un renvoi de la réalité telle qu’on la perçoit soi-même», Boris Wilensky. Photographie © Stéphane Bouquet / Estelle Palluau

 

Si Boris Wilensy était…

 

PAM: Un conte?

B.W.: Monte-Cristo

PAM: Un regard?

B.W.: De travers… (sourire)

PAM: Un continent?

B.W.: La Cosmopolitanie (Soprano)

PAM: Un peuple?

B.W.: Le Peuple de l’Herbe !

PAM: Une croyance?

B.W.: Je crois donc je suis.

PAM: Un animal?

B.W.: Le chat: indépendant, libre, noctambule.

PAM: Une montagne?

B.W.: Elle ne me gagne pas.

Je préfère la chaleur, plutôt plage…

PAM: Un paysage? 

B.W.: Un visage…

PAM: Une mer?

B.W.: La Méditerranée

PAM: Un Océan?

B.W.: Le Pacifique, c’est un joli nom et un bel adjectif…

PAM: Une musique?

B.W.: Midnight Express, la BO diabolique et planante de Giorgio Moroder.

Tu écoutes ça les yeux fermés au casque et tu pars en voyage direct!

PAM: Un message?

B.W.: Le «Medium» de Marshall McLuhan

PAM: Un péché ?

B.W.: Mignon (sourire)

PAM: Une utopie?

B.W.: Peace

PAM: Un coup de cœur?

B.W.: Une rencontre

PAM: Un coup de gueule?

B.W.: Hurban-Vortex

PAM: Une larme?

B.W.: De rire…

 

 

 

Boris Wilensky est un photographe artistique, portraitiste, la quarantaine assumée, doté d’une âme de globe-trotter à la griffe contemporaine graphique, urbaine et lyrique, inspirée de ses voyages. Ses premières photos sont issues du Hip-Hop où il réalise des portraits et des photographies de scène pour Kool Shen, Oxmo Puccino, Kery James, IAM ou encore La Rumeur. «J’ai un rapport affectif à mes photographies, les portraits sont importants parce que j’ai passé un instant à photographier quelqu’un, j’ai rencontré une personnalité, un individu avec une histoire et je suis parvenu à saisir un fragment de cette histoire (…). J’ai envie de traduire le réel».

Focus sur Hurban Vortex, «une aventure Urbaine avec un grand H» en trois volumes: Origins, Collapse et Post, triptyque constitutif de son ouvrage. L’Asie devient vite le continent privilégié dans l’élaboration et la construction de son œuvre. Le projet Hurban-Vortex naît de deux voyages au Japon, avant, puis après la catastrophe nucléaire de Fukushima. En 2009, l’artiste découvre Tokyo, mégapole devenue «ville-monde», qui lui apparaît comme une cité surpeuplée où les lumières sont présentes 24 heures sur 24, jusque dans l’excès d’une consommation sans limite.

 

Dialogues…

 

 

People Act Magazine:  Hip-Hop = mauvais garçon?

Boris Wilensky: Non, pas forcément. Disons que ça peut rimer dans le son. J’apprécie le côté hors norme du Hip-Hop et l’esprit d’indépendance que le mouvement véhicule. Le fait d’entreprendre des choses sans rien attendre de l’autre. Et puis, le rap est l’une des seules musiques qui ne nécessite pas forcément un instrument. Si l’on possède un flow et des choses intelligentes à dire, la voix peut-être suffisante. Pour moi, le Hip-Hop rime plus avec métissage: artistique, social, culturel. J’ai connu le mouvement dans les années 90 et ce n’était pas la même ambiance. C’était un mouvement plus fédérateur qui mélangeait les sons et les influences culturelles.

 

PAM: «Partir», fuite en avant?

B.W.: Fuir Paris, son agitation, sans doute. Mais il m’arrive de partir pour découvrir de plus grandes villes comme Tokyo, Shanghai ou Bangkok. A d’autres moments, je préfère des lieux plus isolés, le Cambodge, par exemple. Parfois, la fuite peut représenter le point de départ d’un voyage. Ensuite, il faut savoir se glisser dans la peau d’un chat pour retomber sur ses pattes. Quelque part, la fuite indique une certaine connotation négative alors qu’un voyage comprend également l’idée de s’ouvrir sur autre chose.

 

PAM: Parmi différents sens, VORTEX symbolise l’abréviation de «Visualisation Objective du Retour d’Expérience». Est-ce votre cas? 

B.W.: Je travaille sur le concept Hurban Vortex depuis près de cinq ans. J’avais effectué des recherches en amont au sujet du titre et du sens que je voulais donner à ce livre comprenant une notion de dynamisme, de souffle, l’idée de quelque chose qui aspire le regard, volontairement ou involontairement. J’avais envie d’emmener les gens dans une histoire et une dynamique dans l’image et la narration, jusqu’au titre. Cette définition est donc une bonne définition, parce que je me suis appuyé sur des souvenirs très forts que j’ai pu vivre en Asie en travaillant mon sujet.

 

© Boris Wilensky

Hurban Vortex COLLAPSE © Boris Wilensky

 

PAM: Entre le regard du jeune photographe apprenti et le regard du photoreporter professionnel avisé, aujourd’hui, qu’est-ce qui change dans votre façon d’appréhender la vie, la planète, ses crises, ou les actions de l’Homme, à travers votre objectif? 

B.W.: Je comprends bien le sens de cette question mais je ne peux y répondre que sous une forme très personnelle. Pour moi, si le monde traverse effectivement une grave crise, les choses n’ont pas tellement changé. Ma manière de percevoir le monde ou les civilisations dépend du lieu où je me trouve sur la planète. Je ne réagis pas de la même façon aux évènements quand je suis citoyen à Paris ou avec mon appareil photo à l’étranger. Je n’entretiens pas le même rapport aux choses, à l’autre. Je n’évolue pas dans le même état d’esprit.

Mon travail est effectivement basé sur une réaction, je vois le monde dans lequel on vit, beaucoup de faits ne me conviennent pas. Je suis très inquiet en matière écologique, le climat, par exemple – et j’attends la Conférence de Paris avec impatience. Comme chacun, je suis même choqué par certains faits d’actualité, la crise sociale, les scandales politiques, financiers, la violence des images, la dangereuse intrépidité de certains médias dans le cadre de situations très critiques. Cette année, des vies ont été mises en péril au nom de la chasse à l’info.

En fait, c’est surtout ma démarche qui a évolué. Lors de mes premiers pas, mes images consistaient en un mélange indissociable de réel et d’artistique. Aujourd’hui, je dis toujours la même chose mais en appuyant sur l’aspect artistique de mon travail, en utilisant la technique de surimpression pour insister sur la nouvelle dynamique des métropoles contemporaines, et la notion de temps. J’ai grandi en ville. J’y éprouve un sentiment mêlé d’attraction, de fascination, et de répulsion, à cause de la perte des réflexes solidaires ou de certaines valeurs morales qu’elle nous arrache au quotidien.

 

PAM: Si tous les continents sont maintenant reliés et que le monde devient en plus en plus petit, l’acte de partir, selon vous, favorise-t-il la vraie rencontre?

B.W.: Oui. L’acte de partir indique généralement l’intention d’un autre état d’esprit, l’idée d’une ouverture. Il est plus simple d’entrer au contact de nouvelles personnes parce qu’une fois déraciné, il existe une réelle nécessité de créer des liens. On a besoin de l’autre dans différentes situations.

 

«Un thème qui m’est cher: la notion de progrès qui se fait, il me semble, au détriment de notre humanité. D’où mon discours sur les grandes villes sans âmes, aux artères bordées de gens pressés et d’enseignes commerciales à perte de vue… toutes les mêmes, de Tokyo à Shanghai en passant par New York, ou même Paris. Pour moi le «progrès» a tendance a uniformiser les lieux, les cultures, les mentalités… d’où le bien-être ressenti dans ces pays où l’on est très loin du Hi-Tech (style Cambodge) mais plus proche du H d’Humain, du sien et de celui des autres. Et ça fait du bien ! Peut-être est-on également amené à penser cela aussi parce que la définition de «progrès» est souvent citée et donc entendue au sens économique du terme. Or, de l’Être et l’Avoir, on ne se demande plus qui des deux a pris le dessus. Il suffit juste de lire les journaux ou d’allumer sa télé pour comprendre. En résumé, «Dieu est mort», et aujourd’hui le progrès c’est l’argent. Et l’argent, ça achète même le sens des définitions c’est dire !» (B.W.)

 

 

PAM: Vous avez connu le Japon avant et après le drame de Fukushima. Vous décrivez «une ville assombrie». Quelle est votre perception de la société et de l’état des lieux dans cette partie du monde?

B.W.: L’inquiétude matérialisée des Japonais, par exemple, lors d’une manifestation inédite dans l’histoire, après la catastrophe. Ce n’est pas dans la culture nippone de protester. Ils manifestent maintenant contre le nucléaire. Ils ont pris conscience d’une sorte de vitrine politique, économique, du principe de surconsommation, par le biais d’une ville ruinée, ravagée. Il règne dans la région un pessimisme global. C’est également pour cette raison que j’attends la conférence sur le climat avec impatience.

Au titre de mes rencontres individuelles depuis l’accident de la centrale, les Japonais restent un peuple impénétrable, même si l’inquiétude se lit dans certaines évolutions, comme les manifestations ou la vente publique et massive de compteurs Geiger, iode, masques à gaz, protections antinucléaire diverses…

Ces faits ont inspiré mon travail. Pour le reste, je ne m’autorise pas à parler de la gravité de la situation à la place d’un expert ou d’en demander plus à mes amis japonais, question de respect. Au Japon, on ne dévoile pas sa pensée, mais quelque part, les Japonais sont comme nous, ils sentent bien qu’en matière d’information officielle, quelque chose nous échappe. D’où la perception d’un sentiment d’inquiétude, ils ne font pas forcément confiance à leurs politiques.

 

PAM: Vers quel(s) thème(s) votre oeil s’oriente-t-il actuellement?

B.W. : Vers la lumière que je porte sur mon travail. Je suis à l’aube de quelque chose de nouveau donc je creuse dans ma technique et mes images, j’essaie de ne pas m’éparpiller. Disons qu’un livre ne représente pas une fin en soi, je l’ai fait pour partager mon point de vue avec un maximum de gens. Je vais continuer à travailler sur une base de surimpression, et de mélange. La définition de ce que «pourrait être» un photographe m’importe peu. C’est aussi pour cela que j’aime le rap. Dans un morceau, Keny Arkana définit très bien le principe sur lequel je fonctionne, elle dit: «Je ne suis pas une rappeuse mais une contestataire qui fait du rap». Pour moi c’est la même la chose, je vois le monde dans lequel je vis, j’ai des choses à dire, donc j’utilise la photographie pour cela.

Ce qui m’intéresse, en priorité, c’est de diffuser mon message artistique, mes idées, pour développer mes projets. Je ne suis pas dans l’état d’esprit d’une course sans fin pour passer d’un sujet à un autre. Je prépare actuellement la suite de Hurban Vortex, envisagée sous plusieurs formats, plusieurs formes, notamment la vidéo.

 

PAM: Boris Wilensky, sans son objectif c’est possible?

B.W. : Complètement ! Je ne sors jamais avec mon appareil dans la rue à Paris, plutôt du genre m’équiper d’un carnet et d’un stylo. Je n’utilise mon matériel que dans le cadre de mes voyages et d’un shooting programmé. Je réserve ma photo à l’étranger. Par ailleurs, j’en prends très peu avec mon smartphone. Pour moi, le travail photographique consiste à exprimer mes idées et mes intentions, pas besoin d’en devenir l’esclave.

 

PAM: Que peut-on vous souhaiter en vue de l’été ou de la rentrée 2015?

B.W.: De belles expositions à l’étranger, Tokyo, Shanghai, longue vie à Hurban Vortex, et de beaux voyages…

 

PAM: Prochaine destination?

B.W.: Le Cambodge, j’ai très envie d’y retourner. J’aime ce pays et j’ai besoin de vacances. Là-bas, je me sens à ma place. Beaucoup plus qu’ici.

 

 

Boris Wilensky expose HURBAN VORTEX 

Dimanche 21 juin 2015 

Un voyage dans l’espace et le temps

 

Hurban Vortex Art Book. Source: Shophurbanvortex.bigcartel.com

Hurban Vortex Art Book. Source: Shophurbanvortex.bigcartel.com

 

Le Mas des Escaravatiers

514 Chemin de Saint-Tropez

83480 Puget-sur-Argens

Renseignements : 04 94 81 56 83

Accéder au site web

 

En savoir + 

Boris Wilensky

linkedin/boriswilensky

 

Hurban Vortex 

Page Facebook

Accéder au site

 

 

Le livre est disponible dans la boutique en ligne:

www.shophurbanvortex.bigcartel.com

Catégorie : Fine Art Photography / Beau Livre
Format : 30x22cm à l’italienne

Sortie : Avril 2015

Nombre de pages : 144
Prix : 36€

 

 

Propos recueillis par Marion Calviera

People On Air, interview Qui Suis-Je ? © PAM 2015 

NEWS

  • Minthé Interview Qui Suis-Je ?   «Une personne sur dix dans notre monde n’a pas accès à l’eau, le plus basique, le plus vital des besoins humains. Une privation que nous, Occidentaux, n’imaginons pas endurer plus de 12 heures consécutives.  Un fait, 663 millions de personnes sur cette planète manquent d’eau. C’est une réalité, une
    Surprise des yeux   Dans une baignoire ou par le biais de ses montages photographiques, l’ancien acteur de film d’horreur, Robert Gligorov, dévoile son monde intérieur, des images exprimant ses fantasmes de mutation.     L’art ne fait qu’imiter la nature   D’origine macédonienne, Robert Gligorov est le Docteur Frankenstein de l’art mutant. Lui aussi

POINT PRESSE

Politique

Economie

Média

L'interview

Money Planet

Les planches du mag

Chroniques de l'Eau