Attaque chimique en Syrie: Washington-Moscou, le duel

Après l’attaque chimique qui a frappé le village de Khan Cheikoun, en Syrie, mardi 4 avril, la communauté internationale s’indigne. D’après les premiers éléments d’enquête, l’agent toxique aurait été largué par un appareil de l’armée régulière de Bachar Al-Assad. Une conclusion qui a provoqué la colère des États-Unis n’hésitant pas à riposter par des frappes, ou encore à accuser la Russie de couvrir l’emploi d’armes chimiques par le gouvernement Syrien.

 

Après le drame de l’attaque chimique à Khan Cheikhoun le 4 avril dernier, un bras de fer s’est engagé entre les deux puissances. Une situation qui n’est pas sans rappeler la guerre froide et qui risque d’avoir des conséquences importantes sur la communauté internationale. Photo © France24

 

Entre 60 et 100 morts. Voilà le bilan de l’attaque chimique à grande échelle qui a frappé la ville de Khan Cheikhoun, au nord-ouest de la Syrie. Située dans la province d’Idlib, la ville était tenue par la rébellion anti-Assad. Les premières explosions se sont produites vers 7 heures et ont très vite laissé place à des scènes d’horreur : des habitants, à terre, se convulsant, suffoquant…Très vite les secouristes se sont rendus sur place afin de tenter de décontaminer les victimes en arrosant leurs vêtements. Très peu de temps à suffit aux médecins sur place pour comprendre qu’il s’agissait d’une attaque chimique. Les blessés ont été évacués en direction de la Turquie, pays frontalier, afin d’être soignés et de subir des analyses. Le 11 avril dernier, le ministre turc de la santé a annoncé que le gaz sarin, un agent neurotoxique indolore, invisible et mortel avait été utilisé dans cette attaque.

 

La communauté internationale accuse Bachar Al-Assad

Suite à l’attaque, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont demandé le vote d’un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant l’utilisation d’attaques chimiques contre les populations. De son côté, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU a déploré « des crimes de guerres ». Le président François Hollande à quant à lui réclamé des « sanctions » contre le régime de Bachar Al-Assad précisant que ce n’était pas la première attaque de ce type et que « quand déjà avaient été constatées ces attaques chimiques, la France avait souhaité intervenir mais qu’à l’époque cela n’avait pas été fait ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a pas hésité a qualifier Bachar Al-Assad de « criminel ». De son côté, ce dernier nie toute implication dans cette attaque. Une déclaration qui n’a pas du tout plu aux États-Unis qui ont déclenché des frappes contre une base aérienne syrienne dans la nuit du 6 au 7 avril. Cette riposte, a été menée « dans l’intérêt vital et la sécurité nationale » selon Donald Trump, qui assure que cette réponse est directement liée aux crimes du 4 avril. Il a d’ailleurs appelé la communauté internationale à « mettre fin au bain de sang en Syrie ».

 

La Russie soutien le régime

Vladimir Poutine n’a jamais caché son soutient à Bachar Al-Assad, ce qui lui a souvent valu des remontrances de la part des pays Européens et des États-Unis. Encore une fois, il clame l’innocence du régime dans la tragique attaque de Khan Cheikhoun. Selon lui, il s’agirait d’une  offensive aérienne syrienne contre un dépôt terroriste qui contenait des armes chimiques. Pour Donald Trump, c’est un mensonge éhonté destiné à créer la confusion au sein de la communauté internationale. Accusé par les États-Unis de couvrir les crimes du régime, Vladimir Poutine a répliqué qu’il considérait les résultats de l’enquête comme « erronés » et qu’il ferait lui-même la demande d’un examen formel aux Nations-Unies. Cette affaire signe un tournant radical pour le président Donald Trump qui affichait une certaine sympathie pour Vladimir Poutine. Le président américain aurait d’ailleurs déclaré : « Mon attitude vis-à-vis de la Syrie et Assad a nettement changé. Ce qui s’est passé est inacceptable pour moi » lors d’une conférence de presse avec le roi Abdallah II de Jordanie. Une opinion que ne partage visiblement pas Vladimir Poutine. Le vent semble être en train de tourner pour les relations Russo-Américaines.

 

Audrey Bernard © PAM 2017

 

 

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