Asa Soltan Rahmati : A$A l’insondable

Focus sur le profil chic & choc de l’artiste pluridisciplinaire et femme d’affaires américaine d’origine iranienne, Asa Soltan Rahmati aka A$A, peintre, conceptrice visuelle, auteure, compositrice, performeuse, co-star du programme de télé-réalité Shahs of Sunset (Les Perses de Beverly Hills) diffusé aux USA par Bravo TV. Par Marion Calviera

 

«Je trouve le jeu du voile mystérieux, chic et sexy. Il m’arrive de l’utiliser le temps d’une soirée en Californie, par exemple, mais si j’étais dans l’obligation de me voiler le visage, je ne serai pas d’accord, je ne voudrais plus le porter aussi souvent, pas comme ça… . Je suis chaque femme, je suis toutes les femmes, née libre, forte et belle, c’est mon droit de choisir de vivre voilée ou dévoilée.» (A$A)

 

 

#IamEveryWoman

Militantisme funky, sexiste, féministe et pacifiste…

 

I Am Every Woman – It’s my right to choose, la dernière performance alternative filmée d’Asa Soltan Rahmati captée par les caméras de Bravo TV et les smartphones des touristes de passage en Californie, traduit «un outil de fusion entre un univers super pop et des choses très sérieuses», selon les termes de l’artiste prônant une technique comportementale d’improvisation, militante, pacifiste, son terrain de jeu favori.

 

«En Occident, le voile possède une connotation très négative mais en Orient, il représente un symbole d’humilité et de modestie. J’aime le porter dans les soirées à Hollywood. Il m’arrive de sortir voilée. En fait, je trouve le jeu du voile chic et sexy. Mais si j’étais obligée de le porter, ça ne me plairait plus», explique l’artiste peu avant une performance live pour le moins singulière  — construite sur la base d’une vidéo virale — diffusée le mois dernier dans l’épisode 9, Can’t fake the Funk, du programme américain Shahs of Sunset (Saison 4).

L’objectif de la performance visait principalement à améliorer l’image et la compréhension autour du port du voile aux Etats-Unis, de même que sa valeur dans la tradition musulmane (sur le sol américain). La vidéo improvisée a été réalisée dans les rues de Los Angeles, en collaboration avec un groupe de femmes apparues communément voilées en premier lieu de la tête aux pieds. Toutes issues de différentes origines, de différentes cultures, de différentes couleurs de peau et de différentes religions, prônant en coeur un seul et même message: «It’s my right to choose»Choisir est mon droit fondamental»). Un happening destiné à soutenir «les femmes oppressées en Iran et toutes les femmes réfugiées sur la planète», explique A$A.

 

«It’s my right to choose» désigne une liberté fondamentale, «la liberté de choisir»: «porter le voile ou se présenter à la société à visage découvert pour des femmes oppressées dans chaque partie du monde (…)» (A$A)

 

Une liberté d’être fondamentale, pièce maîtresse de la mécanique constitutionnelle, made in America, malgré une certaine incompréhension ainsi qu’une tension palpable sur le sol américain, à l’évocation des pratiques religieuses musulmanes jugées parfois opaques par une partie de la société. Parées des plus belles et fastes tenues traditionnelles en hommage à l’Islam, le petit groupe composé d’une dizaine d’artistes a pris, un instant, possession des rues d’Hollywood, sous les regards — plus curieux qu’interpellés — des passants. En tête du mystérieux cortège, courageuse et fière, A$A, tient dans sa main un mégaphone ; calmement, elle répète d’une voix suave mais ferme: «Choisir est mon droit!». 

 

« La culture Pop, en Iran, ça n’existe pas (…), j’aimerais représenter un nouveau mélange de cultures libres » (ASA)

 

 

Axé sur le principe d’un Flash Mob, inspiré des techniques du théâtre de rue, A$A a souhaité créer une vidéo où les réactions souvent imprévisibles du public pourraient être découvertes en temps réel, et ainsi augmenter les chances de visibilité de cette performance sur le net. La scène s’est déroulée devant les caméras du programme de télé-réalité, des passants et celles des co-stars de l’emission, dissimulés dans la foule. Pendant près de cinq minutes, le groupe de femmes — sereines et passives — restent immobiles comme figées. Certaines performeuses, silencieuses, se tiennent, là, voilées, alors que d’autres retirent — méthodiquement — leurs vêtements traditionnels pour afficher leur choix d’une tenue occidentale stylée, dévoilant maintes courbes féminines et sexy, sans vulgarité. Pendant ce temps, A$A diffuse son message:

«Je suis chaque femme, je suis toutes les femmes, née libre, forte et belle, c’est mon droit de choisir de vivre voilée ou dévoilée», avant d’elle-même retirer son voile et sa tenue camouflée, toujours face à la curiosité des passants ou l’appareil photo interrogateur des touristes, mettant en évidence son corps, charnu et ferme, moulé dans une combinaison au decoletté plongeant.

 

Confiance, force et courage

 

Dans les années 80, Asa Soltan Rahmati aka A$A fuit l’Iran avec sa famille: «Adolescente, je vivais avec mes parents dans un quartier d’immigrants, à Hamburg. À cette époque, l’activisme politique était intense autour du mur de Berlin, avec les communistes et les punks allemands d’un côté, puis de l’autre, les neo-Nazis et les skinheads. En tant qu’immigrants, nous devions gérer des pressions quotidiennes liées à la haine de l’autre, au racisme. Nous vivions dans un état constant de résistance mentale, d’insurrection… (…)», explique l’artiste. Peu de temps après la chute du mur, la situation pour les réfugiés prit une tournure dramatique en Allemagne. Les parents d’Asa décidèrent qu’il était temps de boucler les valises, une fois de plus, au prix d’une liberté bafouée à maintes reprises. Direction la Californie…

 

Cap sur Los Angeles

 

«Dans les années 80, Beverly Hills était une sorte de «Mecque» pour la Diaspora iranienne. Ma famille avait déjà perdu toute influence économique auprès de la communauté, une fois sur place rien n’a changé. J’ai donc grandit en marge de la société dans les quartiers… disons… «très modestes» de Beverly Hills, pour rester polie». S’interrogeant sur l’impact, la force des valeurs spirituelles, ou encore la portée de ses propres mots, le manifeste ASAsin Manifesto interpelle le lecteur autour de l’identité politique. Une réflexion personnelle de l’artiste au sujet du rôle et de l’état des lieux des affaires américaines, sur le territoire US puis dans le reste du monde.

 

© Asa Soltan Rahmati

Dans la famille Jackson, A$A  ne cache pas sa relation amoureuse avec Jermaine « LaJuane » Jackson (1954), chanteur de rhythm and blues américain, pop, funk, également bassiste, producteur, auteur-compositeur de chansons, frère de Michael, Janet, Marlon, Randy, Rebbie, Latoya, Jackie et Tito Jackson. Photographie © Asa Soltan Rahmati.

 

Une conscience universelle, citoyenne et géopolitique

 

«Au cours de ces dernières années, notre aptitude à développer une pensée critique est continuellement mise à l’épreuve», observe A$A. «Depuis l’expérience traumatisante du World Trade Center et du Pentagone, le monde doit maintenant affronter un nouveau défi, un conflit planétaire moderne d’envergure. Une guerre permanente née d’un dangereux amalgame entre une abondance de convictions, de fantasmes et de suspicions, entre la perception de la réalité telle qu’elle se révèle et les névroses générées par des ennemis imaginaires de l’Empire Américain.»

L’artiste dénonce «le bombardement média excessif» aux USA, typique du 21e Siècle, envisagé comme une «propagande nocive», «une manipulation des émotions» à l’origine d’une grande frustration contemporaine citoyenne, «causant encore plus de colère et de haine» avec l’intention majeure de perpétrer «le maintien d’un degré élevé d’urgence et de violence au coeur de la société» ; «je perçois qu’il est temps de développer un nouvel esthétisme», d’autres méthodes d’expression libertaire répondant à «une nouvelle approche de l’opposition géopolitique», a répondu A$A pour justifier sa performance auprès de sa communauté et des médias américains. Malgré ses rêves de grandeur, A$A n’en demeure pas moins lucide: «c’est une entreprise difficile pour la plupart des grands noms de l’histoire – Ghandi, Mandela, Martin Luther King, Malcolm X, le Che… – tous ont été reconnus, incorporés par un establishment qui honore uniquement les rebelles décédés, ou bien ne représentant plus aucune menace», s’insurge-t-elle avec perception, subtilité, et finesse.

 

Art informel, informatif et spontané

 

Port du voile, droit de vote, avortement, l’art et l’esthétisme sont ici exploités en vue d’attirer l’attention sur des sujets très sensibles. En conséquence, les images et l’énergie découlant du travail de la créatrice, de ses interrogations, définissent sans conteste les courbes d’un contraste non identifié. Un paradoxe «peut-être même perturbant», admet volontiers la performeuse pluridisciplinaire. Si les dessins, les illustrations ou les peintures d’A$A évoquent, à chaque étape de la création, son enfance de réfugiée, cette dernière insiste sur un principe: les idées et les messages impliqués dans ses actions géopolitico-artistiques, de même que son inspiration, n’engagent qu’un ensemble de réflexions, d’observations ou de convictions personnelles. Ses oeuvres, ses coups de gueule, ses performances, s’inspirent de sa vie. Il s’agit ici de projeter la mise en scène d’un chemin individuel, la suggestion d’un film, d’une histoire, la sienne.

Sur la vidéo, Gold (ci-après), on peut apercevoir Reza Farahan, co-star du programme Shahs of Sunset, agent immobilier américain réputé, spécialisé dans le secteur résidentiel des appartements de luxe à Beverly Hills, la quarantaine festive, rejeté une partie de sa vie par un père juif — parce que né d’une mère musulmane — séparé de son père par sa famille paternelle dès son plus jeune âge, ancien réfugié iranien, musulman,  homosexuel.

Ce dernier s’est exprimé dans l’emission au sujet de l’action féministe, Its my right to choose ; visiblement, Reza ne partage pas l’opinion de sa meilleure amie quant au message délivré par l’artiste dans sa performance, ni sur son militantisme autour de la vulgarisation du port du voile. «J’aime A$A et je respecte ses projets, en revanche, je désapprouve totalement le port du voile. Je pense que cela devrait être interdit», a-t-il ajouté avant de mentionner avec beaucoup de respect et de satisfaction, l’intensité passionnelle et le haut degré d’harmonie entre deux amis qui possèdent différentes opinions sur un même sol. Une grande liberté en termes de pratique du culte sur le territoire national. «Un degré de liberté magnifique, sans oppression, sur une terre sublime», a-t-il déclaré concluant, moustache brillante, tout sourire: «Que Dieu bénisse ce pu…. de pays !».

 

 

 

En savoir +

diamond water

Depuis cinq ans, A$A est parvenue à convaincre des investisseurs privés de concrétiser l’un de ses rêves les plus fous, la fabrication et la commercialisation d’un produit unique en son genre, l’Eau Diamant (Diamond Water/High-pH Alkaline Water), vendue exclusivement sur le territoire national. Une eau luxueuse, réputée pour ses vertus spirituelles, fabriquée artisanalement au contact énergétique et vibratoire de diamants, soigneusement sélectionnés et chamanisés par les soins de la patronne, en personne.

 

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Accéder à l’émission Shahs of Sunset (Les Perses de Beverly Hills)

En France, les quatre saisons du programme sont rediffusées en V.F. sur la chaine E ! Entertainment

Revoir la performance publique It’s My Right To Choose (22’35) de Asa Soltan Rahmati (V.O.) diffusée dans Shahs of Sunsetépisode 9 (S04)

 

 

Sur le même thème :

Sophie Ristelhueber : femme en colère

 

Portrait « A$A l’insondable » réalisé par Marion Calviera
© PAM 2013-2017

 

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